BFM Business

L’Écosse à la pointe des énergies renouvelables marines

Fergus Ewing : pour rendre efficaces et rentables les énergies marines, nous entendons faire appel aux meilleurs ingénieurs et meilleures compétences en Europe !

Fergus Ewing : pour rendre efficaces et rentables les énergies marines, nous entendons faire appel aux meilleurs ingénieurs et meilleures compétences en Europe ! - -

A l’occasion des journées Ocean Energy Europe 2014, les 1er et 2 octobre derniers, M. Fergus Ewing, le Ministre écossais de l'Energie, des entreprises et du Tourisme, nous a accordé de son temps pour détailler les objectifs ambitieux de l’Écosse en matière d’énergies marines, ainsi que les partenariats avec des industriels français.

Monsieur le Ministre, pouvez-vous nous préciser les ambitions et les perspectives de l’Écosse en matière d’énergies renouvelables ?

L’Écosse est riche en ressources naturelles et se situe à l’avant-garde du développement des technologies liées à l’énergie marine grâce à une abondance de ressources océaniques et à des infrastructures d’essais parmi les meilleures au monde.

Chaque année, notre pays génère davantage d’électricité issue de ressources renouvelables. 

Nous sommes en ligne avec notre objectif de produire 50 % de notre électricité à partir de ressources renouvelables en 2015. Au moment où je vous parle, nous en sommes déjà à 46,5 %.

Notre ambition est de produire de 100 % d’ENR en 2020. Si nous sommes confiants, nous savons aussi que les challenges les plus complexes sont devant nous.

De telles ambitions ont besoin de stabilité politique et de décisions homogènes. Êtes-vous serein sur ce point ?

Vous avez raison, nous sommes ambitieux. 

Et nous sommes ici à Paris parce l’Union Européenne et la Commission Européenne affichent également de fortes ambitions en matière d’ENR. Ceci constitue à nos yeux un signal extrêmement positif et encourageant. 

Aujourd’hui, nous voyons un modèle collaboratif comme étant la voie à suivre. Le temps est venu d’unir les forces de notre industrie. 

M. Junker a placé parmi ses cinq grandes priorités l’excellence européenne en matière d’ENR. Voilà qui nous rend confiants pour l’avenir.

Ceci étant dit, l’Écosse et le Royaume Unis sont impactés par l’EMR (ndlr : Electricity Market Reform) qui rationnalise les financements en direction des ENR. Cette réforme rend certains projets, tels que l’éolien off-shore par exemple, bien plus complexes à mettre en œuvre.

Mais nous coopérons de manière très productive avec le gouvernement britannique qui nous a déjà assuré de tout son support dans le cadre du développement des énergies renouvelables marines.

L’indice RECAI, publié le mois dernier par EY, pointe le recul du Royaume Uni, de la 6e à la 7e place, dans le classement mondial de l’attractivité des investisseurs en matière d’ENR.
Y-a-t-il une spécificité écossaise ?

Oui. Nous avons toujours été plus attractifs car nous avons de meilleures ressources naturelles marines. Je vous rappelle que 25% de l’énergie marémotrice et 10% de l’énergie houlomotrice européenne sont produits dans notre pays.

Je parlais très récemment à des investisseurs potentiels qui me confiaient que l’Écosse est perçue comme le véritable “centre de gravité mondial” de l’énergie houlomotrice. Nous sommes vus comme des leaders dans les énergies marines et la plupart des investissements dans ce domaine se font en Écosse. 

Comme nous entendons garder cette place, nous avons besoin du plein support du Royaume Uni sur le court, moyen et long terme. 

Le même classement RECAI note que le crowdfunding est une tendance importante dans le financement des ENR. L’avez-vous observé également ?

Aujourd’hui, nous cherchons à sécuriser et à pérenniser des investissements assez lourds à destination de projets conséquents. De fait, nous faisons appel à de gros acteurs de l’investissement.

Dans un futur proche, je pense que le financement participatif jouera un rôle important car cette formule a beaucoup de succès, particulièrement auprès des jeunes qui y voient un financement éthique et contribuant à un meilleur futur.

Donc oui, il y aura un rôle que je vois plutôt au niveau de la commercialisation que de la production proprement dite.

Nous avons déjà vu de petits projets de production marémotrice se réaliser, aux Iles Shetland grâce au crowdfunding. Mais une fois de plus, je pense que l’intérêt du financement local participatif se situera plus lors de l’étape de commercialisation, moins gourmande en capitaux et sans doute moins risquée.

En matière d’énergie solaire ou éolienne, l’intermittence est encore le talon d’Achille. Qu’en est-il des énergies marines ? Et à quel coût ?

Vous avez raison, et c’est un avantage évident, particulièrement pour l’énergie marémotrice qui a la caractéristique d’être prévisible sur le long terme. En n’ayant pas le souci de l’intermittence, nous n’avons pas celui des énergies de remplacement.

Cela dit, je dois préciser que, pour des raisons logistiques et technologiques, les énergies marines aujourd’hui sont moins compétitives que leurs équivalents terrestres qui ont vu leurs coûts d’exploitation et de transport baisser fortement en dix ans.

Mais nous allons faire la même chose, je suis très confiant sur ce point. Nous avons besoin pour cela de véritables “success stories“ commerciales et techniques dans les prochaines années. Et nous les aurons.

Vous avez noué des partenariats avec des entreprises françaises. Qu’en attendez-vous ?

Nous avons déjà des relations avec certaines entreprises françaises et des discussions, encore confidentielles, avec d’autres. Je peux vous dire que les partenariats avancent très bien et nous savons que la réduction de coûts que nous recherchons passe par une collaboration très étroite avec chacune d’entre elles.

Des entreprises, telles que DCNS, Alstom ou Aggreko, partagent leurs innovations et leurs technologies, mais surtout beaucoup de détermination !

Nous sommes ravis de travailler ensemble, entreprises et gouvernement français et de partager le même enthousiasme. C’est magnifique !*

* en français dans le texte

Installation "Aquamarine Oyster 800 Wave devise" à Orkney en Écosse
Installation "Aquamarine Oyster 800 Wave devise" à Orkney en Écosse © -

Les entreprises françaises en Écosse :

En 2012, Alstom et SSE Renewables se sont lancées dans une co-entreprise afin de développer conjointement la plus grande usine marémotrice du monde au large de la côte de l’Écosse.

Alstom a également signé un accord pour racheter Tidal Generation Limited (TGL), spécialisée dans la conception et la fabrication de turbines de courant de marée.

SDI travaille actuellement avec OpenHydro (Groupe DCNS), spécialiste de la conception, de la fabrication et de l’installation de turbines marines générant de l’énergie renouvelable issue de courants de marée. OpenHydro est à l’avant-garde dans ce domaine et a été, entre autres, le premier à déployer une turbine marémotrice au European Marine Energy Centre (EMEC) à Orkney.

Yves Cappelaire