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Gaz de schiste : "c’est idiot de ne pas vouloir essayer!"

Jean-Louis Beffa, proche de François Hollande mais aussi d'Arnaud Montebourg, regrette que le gouvernement refuse d'expérimenter les techniques permettant d'exploiter le gaz de schiste.

Jean-Louis Beffa, proche de François Hollande mais aussi d'Arnaud Montebourg, regrette que le gouvernement refuse d'expérimenter les techniques permettant d'exploiter le gaz de schiste. - Eric Piermont - AFP

Jean-Louis Beffa, le président d’honneur de Saint-Gobain, n’est pas vraiment surpris par le contenu du rapport dévoilé ce mardi sur le gaz de schiste. Lui-même partisan d’une expérimentation, il peste contre la position figée des Verts. Entretien.

Même si le gouvernement n'y tient pas particulièrement, le débat sur le gaz de schiste est (peut-être) relancé. Un rapport confidentiel, commandé à l’époque par Arnaud Montebourg, a en effet été dévoilé ce mardi par Le Figaro.

L’expérimentation de la technologie d’exploitation à base de fluoropropane, alternative à la très critiquée fracturation hydraulique, y est recommandée. Mais François Hollande n’a jamais accepté de tenter l’expérience. Interrogé, Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint-Gobain et proche de l’exécutif, livre une analyse de la situation, entre espoir regrets.

Que pensez-vous de la méthode de stimulation au fluoropropane, une alternative "propre" à la fracturation hydraulique ?

Cette technique n’est pas très utilisée, car elle est plus coûteuse que la fracturation hydraulique. Mais elle possède de nombreux avantages environnementaux : elle ne nécessite pas de recyclage de l’eau, par exemple. Ceci dit, il faut tout de même faire attention, car le stockage du propane, qui est un produit inflammable, peut s’avérer dangereux.

Ne faut-il pas attendre de savoir si la France possède réellement un gisement sous ses pieds?

Mais l’on est certain, par exemple, que le bassin parisien contient de l’huile de schiste, qui est par ailleurs le produit le plus compétitif (par rapport au pétrole de schiste) !

Le rapport évoque une manne de 100 milliards d’euros pour la France, et plus de 100.000 emplois créés…

Ce serait le fruit d’une exploitation intensive, mais l’ordre de grandeur n’est pas aberrant. Demandez-vous comment les Etats-Unis sont devenus indépendants du point de vue énergétique alors qu’ils étaient l’un des plus gros importateurs du monde? Ce qui s’est passé là-bas s’apparente à une révolution.

En France, les écologistes opposent un refus systématique. Comprenez-vous leur position?

Le vrai problème est toujours le même: on refuse de faire une expérimentation. La loi l’autorise déjà, mais le gouvernement n'accepte pas pour des raisons de gestion politique. Ce qui est idiot, c’est de ne pas vouloir essayer. Cela rappelle un peu Galilée: si on dit que la terre est ronde, les écologistes vous diront qu’elle est plate et que vous ne devez pas penser autrement. Selon moi, une expérimentation serait rationnelle, tandis que la position des écologistes est simplement idéologique.

La France peut-elle se permettre d’attendre encore?

Si on repousse encore de deux ans, ce n’est pas très grave au vu des délais que cela nécessite. Ce qui aurait été grave, c’est d’arrêter le programme nucléaire, car cela peut se faire relativement vite. Aujourd’hui, il existe une sorte d’accord entre le gouvernement et les écologistes, pour un maintien de l’activité nucléaire contre un statu quo sur le gaz de schiste.

Pourquoi alors avoir commandé un rapport pour ensuite l’enterrer?

Je pense qu’en commandant ce rapport et en voyant qu’une nouvelle technique satisfaisante au niveau environnemental était possible, Arnaud Montebourg espérait sincèrement pouvoir faire infléchir la position de François Hollande. Je ne crois pas que cela ait particulièrement précipité son départ, mais cela fait partie des choses qui lui tenaient à cœur.