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Florange: la justice enquête sur les dépôts d'acide du site ArcelorMittal

Vue des hauts-fourneaux de l'usine ArcelorMittal de Florange. (image d'illustration)

Vue des hauts-fourneaux de l'usine ArcelorMittal de Florange. (image d'illustration) - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Le parquet de Thionville a décidé d'ouvrir une enquête après que de l'acide, utilisé sur le site sidérurgique d'ArcelorMittal à Florange a été déversé dans un dépotoir au lieu d'être traité dans un centre de recyclage.

La justice s'interroge sur ce qui s'est réellement passé sur le site d'ArcelorMittal de Florange (Moselle). "Une enquête préliminaire a été ouverte pour atteinte à l'environnement, confiée à la Direction interrégionale de la police judiciaire", a indiqué, mardi 4 juillet, auprès de l'AFP, le parquet de Thionville, ajoutant qu'aucune autre information ne serait communiquée.

L'ouverture de cette enquête fait suite à des révélations, parues dans Le Républicain lorrain, d'un employé travaillant pour un sous-traitant d'ArcelorMittal, chargé de transporter l'acide servant à décaper l'acier jusqu'à un centre de recyclage. Dans une vidéo, diffusée par France Bleu Lorraine-Nord, l'homme, licencié depuis par l'entreprise qui l'employait, affirme avoir été contraint de déverser "chaque jour, pendant trois mois, 24 mètres cubes d'acide" directement dans le crassier de Marspich, qui présente une perméabilité avec les cours d'eau de la région.

"Il y a bien eu des déversements d'acide" dans le crassier de Marspich, où vont les déchets de l'usine ArcelorMittal de Florange, "mais on en ignore encore l'importance", a affirmé, auprès de l'AFP, Michel Liebgott, le président de la communauté d'agglomération du Val de Fensch, à l'issue d'une réunion avec les maires de Florange et Hayange ainsi que la direction d'ArcelorMittal.

La communauté d'agglomération a décidé de "poursuivre ses investigations sur les rivières adjacentes au crassier, afin de déceler toutes traces éventuelles de pollution pouvant nuire à son réseau hydrographique."

Le sidérurgiste nie toute responsabilité et tout risque pour la population

De son côté, ArcelorMittal nie toute responsabilité dans ces "prétendus versements". L'entreprise a ordonné l'ouverture d'une enquête interne "pour faire toute la lumière sur les faits". S'ils étaient avérés, "ils seraient extrêmement graves et contraires à toutes les règles d'ArcelorMittal en matière de gestion des résidus", ajoute le groupe.

L'entreprise "n'est en aucun cas à l'origine de prétendus déversements irréguliers sur la zone de stockage. Si ces faits étaient avérés, ils seraient le fait de personnes isolées au sein d'ArcelorMittal ou des entreprises sous-traitantes", précise le communiqué.

ArcelorMittal, qui envisage de déposer plainte, affirme en outre qu'"aucun risque sanitaire ni environnemental pour les populations n'est à signaler".

Des révélations qui tombent mal pour ArcelorMittal 

La direction, les maires de Hayange et Florange et Michel Liebgott doivent se revoir "la semaine prochaine, une fois que les enquêtes menées en interne par Arcelor ainsi que par la Dréal (Direction régionale de l'environnement, NDLR) seront terminées", a expliqué ce dernier, précisant que "la communauté d'agglomération se pose la question de porter plainte contre X".

Pour Lionel Burriello, responsable CGT au sein de l'usine, il s'agit "de témoignages graves. S'ils sont avérés, ce serait un nouveau scandale sur Florange. S'ils sont faux, nous demandons à la direction de nous prouver que ces propos sont diffamatoires", a déclaré le délégué, dont le syndicat a demandé la tenue d'un second comité d'entreprise extraordinaire sur la question, après le premier, réuni lundi. La CGT entend aussi demander une troisième expertise par un cabinet agréé par le ministère du Travail, indépendant d'Arcelor et de la Dréal.

Comme l'indique à BFM Business Frédéric Weber, délégué syndical Force Ouvrière, cette affaire apparaît "dans un contexte défavorable pour l'entreprise". Cette dernière étant en passe de racheter son concurrent italien Ilva. Or, ce qui a convaincu les autorités italiennes de céder cette entreprise au principal producteur d'acier au monde, c'est "sa capacité à gérer les questions environnementales". 

Antonin Moriscot avec AFP