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De nouvelles énergies au service de l'agriculture dans le monde

12 projets ont été retenus dans le cadre du "Challenge Climat Agriculture et Forêts" organisé par l'AFD et le Cirad.

12 projets ont été retenus dans le cadre du "Challenge Climat Agriculture et Forêts" organisé par l'AFD et le Cirad. - AFD

Le salon de l'agriculture ouvrira demain, samedi 21 février. Tributaire des aléas météorologiques, l'agriculture est très exposée au changement climatique et particulièrement dans les pays en développement. A travers le monde, des solutions se mettent en place. En voici deux exemples.

 "Les pays en développement sont au cœur des solutions à apporter au dérèglement climatique" estime Jean-Luc François chef de la division Agriculture, développement rural et bio diversité de l'AFD, l'Agence Française de Développement. "Ces pays gardent de très grands massifs forestiers, ils sont baignés de photons et leurs populations ont un gisement de connaissances qu'il suffit de faire remonter à la surface.". La demande est croissante dans ces pays. En même temps, d’ici 2080, 600 millions de personnes supplémentaires pourraient souffrir d’insécurité alimentaire sous l’effet du changement climatique. L'Agence Française de Développement, établissement public sous la tutelle du ministère des affaires étrangères, du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Économie engage chaque année 8 milliards d'euros de financement dont un quart dans des projets qualifiés de "pro-climat".

Le "Challenge Climat Agriculture et Forêts" organisé avec le CIRAD, Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, est donc emblématique de sa démarche. Ce sont pas moins de 550 dossiers qui ont été déposés. Les délibérations ont visiblement été difficiles: 12 lauréats ont été désignés.

Deux projets allient clairement "énergie et agriculture". L’énergie est en effet un élément clé de l’essor de la productivité. Son utilisation doit désormais être raisonnée pour optimiser l’efficacité énergétique de la production agricole. C'est le cas au Maroc.

20 % de consommation en moins dans les fermes

Dans ce pays, le secteur de l'électricité est caractérisé par une très forte dépendance aux énergies fossiles importées. Plus de 90% de l’électricité consommée est d’origine thermique. La nouvelle stratégie énergétique du gouvernement a pour objectif d'assurer la sécurité d’approvisionnement énergétique et de diversifier les sources d'énergies.

C'est tout l'objet du projet présenté par Leïla Akhmisse directrice exécutive de la fondation CAM, Crédit Agricole du Maroc (qui n'a rien de commun avec l'établissement français) pour le développement durable. Jamais jusqu'à présent, les consommations énergétiques n'avaient été étudiées dans les fermes du pays. 10 d'entre elles parmi les plus grandes ont été retenues. Un audit a été mené. Il en est ressorti que c'est le pompage de l'eau qui consomme le plus d'énergie. Le pays a besoin d'irriguer et est très dépendant des aléas climatiques.

Durant un an, chaque exploitation a été suivie de près. Des mesures simples ont été mises en place comme l'installation de variateurs de vitesse ou le remplacement des éclairages classiques par des Led. Le bilan est encourageant: la facture énergétique annuelle des exploitations a été réduite d’au moins 20%. Sans oublier le pompage solaire qui se révèle économiquement viable. Partant de ce constat, l'établissement bancaire a conçu des produits financiers. 2.000 fermes sont ainsi accompagnées pour environ 8.000 euros de prêt individuel. Il vise les 20.000 exploitations d'ici 3 ans. Désormais le secteur agricole est totalement intégré dans la démarche "efficacité énergétique" mise en place par le gouvernement.

Une hydrolienne le long du fleuve Congo

Au Congo, le projet soutenu par Maguelonne Loubelo est beaucoup moins avancé. Avec son mari agriculteur, elle a créé une ferme sur l'île M'Bamou située sur le fleuve Congo. Ce dernier est une richesse pour tout le pays qui souffre particulièrement du manque d'infrastructures de transport et de lieux de stockage des produits agricoles. Maguelonne Loubelo, ingénieure de formation, mise donc sur les hydroliennes. Le projet de développement agricole du village de Loubassa consiste à créer un centre de stockage et de transformation agricole et à installer une hydrolienne flottante sur le fleuve. Maguelonne Loubelo en est encore à l'étude de faisabilité. Par ailleurs une hydrolienne coûte cher, elle doit donc réfléchir au financement.

Elle ne cache pas que les villageois ont parfois un peu de difficulté à se mobiliser pour un projet commun, en même temps "un vieux pêcheur est allé avec fierté dans le village voisin raconter que bientôt il aurait de l'électricité." Le pays dépend aussi beaucoup des hydrocarbures et le premier réflexe consiste souvent à installer un moulin alimenté par carburant.

Maguelonne Loubelo veut donc bousculer les modèles. Elle prospecte : c'est ainsi qu'elle a découvert Hydro-Gen et son hydrolienne basée sur un concept exclusif de grosses roues à aubes flottantes. Comme tous les autres lauréats, elle est venue à Paris pour prendre des contacts. Le salon de l'agriculture où ils se rendront tous dans la semaine devrait lui ouvrir des opportunités. Et Brice Lalonde, l'un des membres du jury de conclure: "les négociations climatiques ne peuvent exister que par la mobilisation de la population. Tous ces projets en sont une bonne illustration."

Nathalie Croisé