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Energie

Comment les pharmacies prévoient-elles de faire face à des coupures d'électricité?

Les pharmacies redoutent les opérations de délestage qui pourraient rompre la chaîne du froid nécessaire à la conservation de certains médicaments et vaccins. Pour les syndicats du secteur, la seule solution à court terme est qu'elles figurent comme sites prioritaires.

C'est l'une des nombreuses zones d'ombre qui persistent en ce début d'hiver météorologique synonyme de risque accru de coupures de courant dans les prochaines semaines. Les pharmacies vont-elles subir les opérations de délestage au même titre que les logements et autres structures de leur zone géographique? La question occupe l'esprit des professionnels du secteur, notamment vis-à-vis de la chaîne du froid qui pourrait être rompue le cas échéant.

"Le problème ne porte pas forcément sur les officines en tant que telle car si une coupure survient, les pharmaciens peuvent très bien attendre que le courant revienne, estime Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF). En revanche, les frigos contiennent 10.000 à 20.000 euros de médicaments et vaccins et il faudrait jeter une partie de ces produits qui ne peuvent pas endurer une rupture de la chaîne du froid."

A ce titre, le ministère de la Santé doit justement fournir aux professionnels une liste détaillant la marche à suivre produit par produit. De son côté, le président de l'Union des syndicats de pharmaciens d'officine (USPO) Pierre-Olivier Variot rappelle que les assurances ne prennent pas en charge ces éventuelles pertes. "Il y a aussi un risque de sécurité car la plupart des pharmacies ont des portes automatisées et en cas de rupture de courant, elles seront ouvertes à tout va", souligne-t-il, plaidant pour la présence d'un gendarme afin d'éviter tout risque de vol. Enfin, le représentant syndical considère que les Agences régionales de santé (ASR) devront prévenir les habitants des territoires concernés de l'impossibilité d'accès aux médicaments dont une partie nécessite que les pharmaciens puissent utiliser leurs outils informatiques.

La question n'est pas "faut-il?" mais "peut-on?"

Alors les pharmaciens envisagent d'ores et déjà des solutions pour faire face à ce risque mais la plupart ne portent que sur le moyen-long terme et ne pourront être mises en place pour l'hiver 2022-2023. "Un groupe électrogène semble peu approprié car il demande de gros travaux électriques pour qu'il s'éteigne automatiquement dès que le courant est rétabli", déplore Pierre-Olivier Variot. "Il nécessite de la place et de pouvoir stocker de l'essence", ajoute Philippe Besset qui opterait plutôt pour des onduleurs afin de maintenir les frigos à une certaine température en transformant le courant continu en courant alternatif au lieu de produire de l'électricité.

Cependant, il est trop tard pour acheter ce type de machines et assurer leur fonctionnement dans la période cruciale qui approche à grands pas. Pour les syndicats du secteur, la seule option viable à court terme est l'inscription des pharmacies parmi les sites prioritaires exemptés de délestage mais avec dès lors un problème d'ordre technique. "Pour le gouvernement, la question n'est pas "faut-il?" mais "peut-on?" car EDF n'est pas sûr qu'il soit possible d'épargner une zone aussi restreinte lors d'un délestage", explique Philippe Besset.

En amont des 20.000 pharmacies que compte l'Hexagone, ce sont aussi les entreprises pharmaceutiques qui produisent les médicaments et vaccins qui pourraient aussi pâtir de la situation. "Il y a un risque sur toute la chaîne du médicament", résume Pierre-Olivier Variot. Alors que les préfectures départementales ont déjà été sollicitées, elles qui déterminent les sites prioritaires, Matignon a également été saisi de la question et doit prochainement publier une circulaire interministérielle pour trancher.

Timothée Talbi