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Cette bouteille biodégradable est réalisée à partir de déchets

Créée en 2015, Lyspackaging  emploie sept personnes.

Créée en 2015, Lyspackaging emploie sept personnes. - Xavier Leoty - AFP

Il a fallu un an et demi de recherche pour que l'entreprise charentaise Lyspackaging mette au point la VeganBottle. À la place du plastique, ce sont des résidus fibreux issus de la canne à sucre qui servent de matière première.

Près de la moitié des bouteilles plastiques à base de pétrole ne sont pas recyclées en France. Ce qui représente près de 200.000 tonnes de déchets par an. L'entreprise charentaise Lyspackaging commercialise depuis cet été un nouveau contenant qui évite cette pollution: des bouteilles 100% végétales et intégralement fabriquées à partir de déchets. Uniques en leur genre, elles sont nées de l'imagination de Nicolas Mouflet, auteur de milliers de contenants pour de grandes marques de boissons, et produites depuis cet été dans son usine de Chaniers.

Il aura fallu un an et demi de recherches pour "lever le frein technologique" qui empêchait la bagasse, résidu fibreux issu de la production de sucre à partir de la canne, de devenir la matière première de sa Veganbottle biodégradable.

Mais Nicolas Mouflet, 41 ans, est finalement parvenu à transformer cette fibre en granulés qui composent la "préforme", sorte d'éprouvette qui est ensuite chauffée et soufflée pour devenir une bouteille transparente, comme l'industrie le fait depuis longtemps pour ces contenants plastiques en matériaux issus du pétrole.

Une matière première venue d'Afrique et d'Inde

D'autres avaient déjà développé le concept du bioplastique, à partir du maïs par exemple, reconnaît le patron de la société Lyspackaging. Seulement "le maïs est un aliment. En plus, il consomme beaucoup d'eau. Moi, je ne voulais utiliser que des déchets de production", précise l'industriel, qui fait venir par bateau la bagasse d'Afrique ou d'Inde dans son usine.

L'idée de cette bouteille écologique lui trottait dans la tête depuis 2001. À l'époque, il travaillait pour un producteur de bouteilles ayant de grands groupes pour clients. Chargé du dessin industriel, Nicolas Mouflet a ainsi créé "plus de 4000 bouteilles" pour de célèbres marques d'eau, de sodas, de jus de fruits ou encore de cosmétiques.

Engagé en 2010 par une entreprise spécialisée dans l'événementiel, le futur chef d'entreprise conditionnera ensuite l'eau pour des marques de luxe, grands groupes automobiles ou hôtels chics, jusqu'à la faillite de cette société en 2015.

Une production encore majoritairement tournée vers le plastique

Nicolas Mouflet décide alors de consacrer sa période de chômage à la création de Lyspackaging et au démarchage de clients potentiels. Prudent, il axe d'abord son activité sur des bouteilles en plastique PET (polyéthylène téréphtalate) classique, au design travaillé et notamment orientées vers les producteurs de spiritueux. Car les bouteilles en plastique, plus légères que le verre, permettent d'exporter 25% de liqueurs en plus.

Ces bouteilles assurent d'ailleurs encore aujourd'hui 80% de ses 600.000 euros de chiffre d'affaires annuel. Mais le jeune patron compte bien "inverser ce ratio dès l'année prochaine" avec sa Veganbottle.

Des bouteilles personnalisables

Problème marketing de taille: "Une bouteille transparente 100% végétale ne se différencie pas d'une autre à base de pétrole. Pour qu'un bioplastique se distingue, il faut qu'il soit visible d'un seul coup d'oeil, pour le consommateur comme pour le producteur", relève le chef d'entreprise.

Aussi, afin de se démarquer visuellement, Lyspackaging incorpore dans ses bouteilles une foule de résidus naturels issus d'autres productions que la canne à sucre: noyaux d'olive pour obtenir du beige, coquilles de moules pour du noir, mais aussi huîtres, roseaux, cacao, café, bois, pépins de raisin, blé, cuir, etc.

Réduits en poudre, ces additifs donnent aux flacons végétaux une teinte hétérogène et une surface qui peut paraître lisse ou en "peau d'orange", selon la demande. D'ici quelques mois, la start-up, créée en 2015 et employant sept personnes, proposera aussi des colorants naturels à partir de plantes pour les clients soucieux d'avoir une bouteille à la couleur uniforme.

C.C. avec AFP