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ArcelorMittal, retour sur un drame annoncé

ArcelorMittal a signé un accord avec le gouvernement

ArcelorMittal a signé un accord avec le gouvernement - -

Le spécialiste de l'acier avait promis de sauver les hauts-fourneaux qu'il prévoyait de fermer en Europe. Mais la crise en a décidé autrement.

Les salariés de Florange se remettent à peine de l’accord conclu entre le gouvernement et la direction du groupe ArcelorMittal. Demain, mercredi 5 décembre, ils ont rendez-vous avec Jean-Marc Ayrault pour "décortiquer" cet accord.

Retour sur un drame en plusieurs actes.

Un accord a minima

Matignon a obtenu du géant de l'acier la garantie qu'il n'y ait pas de plan social, un plan d'investissement de 180 millions d'euros sur cinq ans pour la filière "froide" (transformation et finition de l'acier) et le maintien des hauts fourneaux "sous cocon" en attendant l'éventuelle réalisation du projet expérimental de captage-stockage de CO2 Ulcos sur le site.

La Commission européenne, qui doit apporter un financement décisif à ce projet, prendra sa décision finale le 20 décembre. Mais d'autres dossiers sont en concurrence avec celui du site lorrain.

Le risque que le site de Florange ne soit pas retenu amplifie les inquiétudes des syndicats sur le sort des hauts fourneaux. L'arrêt des installations les endommagerait et rendrait impossible selon eux de remettre sur la table l'option d'un repreneur pour Florange.

Ce qui est reproché au groupe

• En janvier 2006, le groupe Mittal Steel, peu présent en Europe, lance une OPA hostile sur l’européen Arcelor. Malgré la pression des gouvernements européens et des syndicats, l’opération réussit. Mittal Steel, devenu ArcelorMittal, récupère plusieurs dizaines de sites de production en Europe. Il emploie 111 000 personnes en Union européenne. A cette époque-là, l’acier est au plus haut.

• Le groupe, qui passait pour un repreneur sérieux, avait en fait une idée derrière la tête. Dans son plan "Apollo" présenté en 2003, avant la fusion, Arcelor prévoyait la fermeture progressive de six hauts-fourneaux en Europe: deux en Belgique, deux en Allemagne, et deux en France, à Florange. Le groupe voulait aussi réduire ses effectifs. Tout cela afin de gagner en compétitivité.

• Lakshmi Mittal promet alors d’examiner favorablement la survie de ces usines afin de conclure son OPA. Il tiendra ses promesses mais en 2011, la crise fait chuter les demandes d’acier. Le groupe est alors en surcapacité.

• Les syndicats accusent Mittal d’avoir mal préparé les usines européennes à la crise, en n'investissant pas suffisamment. Un rapport remis en juillet à Arnaud Montebourg le prouve : "les priorités stratégiques définies par le groupe font peu de place à la sidérurgie européenne. La stratégie du groupe est davantage marquée par des contraintes de court terme qu’inspirée par des considérations industrielles de long terme ".

• Les syndicats accusent aussi Mittal de vouloir démanteler Florange. ArcelorMittal voudrait ne céder qu'une partie du site. Le ministre du Redressement productif contraint ArcelorMittal à céder l’intégralité de l’usine, pas seulement les hauts-fourneaux ou la cokerie.

• Par ailleurs, le gouvernement, les syndicats, l’opinion publique… tous se rappelent Gandrange. Quatre ans avant Florange, un autre site d’ArcelorMittal était sur la sellette. L’accord qui avait été conclu à l’époque n’avait pas permis d’éviter la fermeture du site.

Diane Lacaze