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A l'île de la Réunion, les bâtiments seront climatisés... à l'eau de mer

La Réunion se lance dans un projet ambitieux: climatiser ses bâtiments à partir de l'eau de mer.

La Réunion se lance dans un projet ambitieux: climatiser ses bâtiments à partir de l'eau de mer. - Richard Bouhet - AFP

L'île de la Réunion se lance dans un projet ambitieux: rafraîchir ses bâtiments à partir de l'eau de mer. Cette climatisation marine alimentera soixante bâtiments public et privés à Saint-Denis et Sainte-Marie, dont un aéroport, une université et des centres commerciaux.

Les premiers coups de pelleteuses sont prévus cet été à l'île de La Réunion. Après 7 ans de gestation, le projet Piloté par le Syndicat intercommunal d'exploitation des eaux océaniques (Sideo) va enfin voir le jour. GDF Suez est enfin prêt à relever un défi unique au monde par son ampleur: le SWAC (pour Sea Water Air Conditioning),.

Le procédé a déjà fait ses preuves en Polynésie française et à Hawaï, mais à des échelles plus réduites. Il s'agit d'une forme de climatisation de l’air innovante et écologique car elle utilise une source renouvelable d’eau froide située à proximité.

L’île présente un lieu idéal de déploiement de cette technologie, car elle constitue un réservoir de demande de froid important, et l’océan qui l’entoure est un réservoir de froid gigantesque.

L'énergie marine, la clé de l'autonomie énergétique de l'île

Ce projet de système de climatisation à l’eau de mer devrait permettre à La Réunion d'atteindre son objectif d’autonomie énergétique à l’horizon 2030.

Et ainsi réduire la dépendance de ces territoires envers les pays exportateurs d’énergie. L’île est en effet fortement dépendante des hydrocarbures importés. Deux tiers de son électricité proviennent du fioul et du charbon.

Un centre de refroidissement géant va être installé à Saint-Denis. Il utilisera de l’eau de mer froide, au lieu d’un fluide frigorigène standard, pour produire l’air frais alimentant les bâtiments public et privés.

30 kilomètres de canalisation

23 kilomètres de tranchées seront nécessaires à l’enfouissement des canalisations ainsi que 7 kilomètres de canalisations en mer pour transporter l’eau nécessaire au refroidissement seront creuser. 

Une technologie simple et efficace: l’eau est pompée depuis les profondeurs de la mer, à environ 1.100 mètres, où sa température est d’environ 5°C. L’eau de mer permet de refroidir de l’eau douce dans un échangeur thermique. Cette eau douce circule à travers la ville dans des conduits souterrains et refroidit à son tour l’air des systèmes de ventilation. 

75% d’économies d’énergie

Ce système de climatisation à l’eau de mer devrait permettre d’économiser 75% d’électricité par rapport à un système de climatisation classique. L’énergie nécessaire au refroidissement des fluides frigorigènes est abondante. A La Réunion, le "froid" n’est pas produit artificiellement mais obtenu par des échanges thermiques entre eau douce et eau de mer.

Le système de climatisation alimentera une soixantaine de bâtiments publics et privés à Saint-Denis et Sainte-Marie, dont un aéroport, une université et des centres commerciaux.

Un projet ambitieux dont le coût est élevé. Le budget total est en effet estimé à 150 millions d’euros, dont 90 millions d'euros financés par l’Etat. Les travaux débuteront cet été et le système devrait être mis en service à l'horizon 2017.

En outre, le projet représente une source d’emplois. Alors que le taux de chômage atteint 30% sur l'île, jusqu'à 400 personnes seront embauchées sur le chantier et un accord a été conclu en octobre 2014 pour ouvrir le marché aux petites entreprises locales. Les partenaires institutionnels et industriels du projet (Etat, Région, GDF Suez, ADEME) ont signé avec des acteurs économiques un "Small business act" destiné à ouvrir le marché, directement ou en sous-traitance, à de petites entreprises locales.

Un second projet SWAC a été lancé dans le sud de l’île, à Saint-Pierre. De plus petite envergure, il s’agit ici de climatiser le centre hospitalier universitaire de la ville. Il devrait permettre d’économiser 3 millions d’euros sur 5 ans, soit 50% de sa consommation électrique, selon les promoteurs.

La question de l’efficacité économique de la technologie pourra mieux être jugée dans quelques années, quand les économies sur les factures pourront être rapportées à l’investissement de départ. 

Khadria Fouad-Djama