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3 questions sur la chute des prix du pétrole

Les pays producteurs et exportateurs de pétrole comme la Russie et l'Iran souffrent de la chute des cours.

Les pays producteurs et exportateurs de pétrole comme la Russie et l'Iran souffrent de la chute des cours. - Wikimedia-Flcelloguy-CC

Depuis un an, le prix du baril de Brent, le pétrole consommé en France, a chuté de presque 30% pour atteindre son plus bas niveau depuis cinq ans. Bonne ou mauvaise nouvelle? BFM fait le point.

Jusqu'où baissera le prix de l'or noir? Le Brent, le baril de référence, ce pétrole extrait de la Mer du Nord, dont nous dépendons, avoisine désormais les 70 dollars, son plus bas niveau depuis cinq ans. Il a chuté de près de 30% sur un an. Les enjeux de ce recul en trois questions.

> Qu'est-ce qui provoque cette baisse?

Une cause immédiate: la décision de l'Opep. L'Organisation des pays producteurs de pétrole, emmenée par l'Arabie Saoudite, a décidé de maintenir inchangée sa production. Si elle avait décidé de la freiner, réduisant ainsi l'offre, cela aurait freiné la chute des cours. 

Il y a également des raisons plus profondes: la baisse de la consommation, notamment dans les pays émergents, comme en Chine, au Brésil, en Inde, ou la remontée du dollar. Comme le pétrole se vend et s'achète en billet vert, le prix du baril baisse quand le dollar monte.

Autre explication: le boom des pétroles de schiste, en particulier aux Etats-Unis. L'huile non-conventionnelle américaine représente aujourd'hui à elle seule 10% de la consommation mondiale quotidienne de baril, soit à peu près 10 millions de barils. 

> Qui profite de cette chute des cours?

Les pays importateurs de pétrole, comme la France, et leurs habitants. L'impact commence, en effet, à se faire sentir sur le prix des carburants. On s'attend à ce que le prix moyen du litre de gazole passe rapidement sous 1,20 euro. Même si le prix des carburants descend toujours moins fort et moins vite que le prix du brut, puisque 90% du prix du litre est constitué de taxes et de frais d'infrastructures, qui eux, ne varient pas. 

Les prix à la pompe baissent quand bien-même. Une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat, d'autant que pour les ménages les plus modestes, l'énergie représente l'un des principaux postes de dépense.

La reprise économique, en France et plus largement en Europe, est également soutenue par la baisse des prix de l'énergie. Les secteurs directement liés au pétrole en bénéficient fortement également, l'aérien et la chimie en tête. Dernier gagnant: les finances publiques, si d'aventure les Français consomment plus de carburant du fait qu'il est moins cher. Pour autant, l'Hexagone et la zone euro risque aussi de voir la déflation s'aggraver

> Qui en pâtit?

Les producteurs de pétrole sont les premiers à souffrir. Une théorie circule selon laquelle cette baisse est voulue, orchestrée par les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite pour affaiblir économiquement la Russie et l'Iran. La situation pénalise en tout cas sérieusement Moscou: lundi, le rouble a encore très brutalement décroché. La monnaie russe a perdu un quart de sa valeur en un mois par rapport au dollar et à l'euro. Un nouvel écueil pour le pays déjà secoué par les sanctions internationales et une fuite de capitaux. 

Suivent les compagnies pétrolières, dont la rentabilité est très sérieusement rognée par le baril de pétrole dont le prix a largement chuté sous les 100 dollars. Du coup elles taillent dans leurs investissements, que ce soit pour forer à la recherche d'or noir ou pour développer des technologies énergétiques alternatives. Dernière victime collatérale, donc: la transition énergétique.

Nicolas Doze et N.G.