BFM Business
Défense

L'ex porte-avions Foch sera-t-il finalement coulé dans l'Atlantique?

Le porte-avion français Foch accompagné lors de l'intervention de l'Otan en Bosnie-Herzégovine en février 1994

Le porte-avion français Foch accompagné lors de l'intervention de l'Otan en Bosnie-Herzégovine en février 1994 - - © 2019 AFP

De retour au Brésil après le refus de la Turquie de le déconstruire, l'ancien porte-avions Foch, vendu en 2000 pour devenir le São Paulo, pourrait être coulé. Des associations de défense de l'environnement s'y opposent. La justice brésilienne doit statuer sur son sort.

Le Foch, devenu le São Paulo depuis sa vente au Brésil en 2000, va-t-il finalement finir dans les abysses? Le porte-avion jumeau du Clémenceau ne sera jamais un hôtel de luxe off shore, ni un centre d'entraînement pour marins et il ne sera même pas démantelé. Après le refus de la Turquie de le déconstruire dans l'un de ses ports à cause de forts risques de pollution non maîtrisable, le Brésil envisage de le torpiller et de le laisser couler dans l'océan Atlantique.

L'errance de ce géant marin de 266 mètre de long et de 30.000 tonnes dure depuis de longs mois. Racheté par un ferrailleur turc, il n'atteindra jamais la destination vers laquelle il était tracté. Son entrée dans les eaux territoriales turques a été refusée à cause du risque environnemental que posaient les matières nocives qu'il contient. Selon l'ONG Ban Abestos France, seulement 12% du navire a été étudié. Il contiendrait en fait 600 tonnes d'amiante, 170 tonnes de peinture au plomb/cadmium potentiellement radioactive ainsi que des quantités de câblages et des réservoirs encore contaminés.

Retour à l'envoyeur qui ne l'a pas non plus laissé approcher de ses côtes de crainte qu'il soit laissé à l'abandon des mois, voire des années. Le Brésil lui a donc refusé l'accès à ses ports, qu'ils soient civils ou militaires, et envisage désormais de le saborder au milieu de l'Atlantique avec son contenu toxique.

Catastrophe environnementale

Rien n'est encore fait. L'association de défense de l'environnement BAN (Basel Action Network) craint désormais une gigantesque catastrophe environnementale et accuse le Brésil de violer trois traités internationaux: "les règles de Bâle (article 8) en refusant d'exiger que le navire accoste, le Protocole de Londres de 1996 sur la pollution marine due au déversement de déchets et autres matières et la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants."

"Le São Paulo est chargé d'amiante et de PCB (des produits chimiques très toxiques, NDLR) comme c'est normal pour les navires militaires de ce millésime. Il est impensable de permettre de déverser dans la mer ces substances toxiques qui vont se diffuser dans l'eau et être absorbées par la chaîne alimentaire marine", réagit déclare Nicola Mulinaris de l'ONG Shipbreaking Platform.

Le projet de faire couler le navire est désormais stoppé. Répondant aux préoccupations d'une agence fédérale de l'environnement, le procureur général du Brésil a déposé une plainte au civil contre la marine et a demandé à un tribunal fédéral d'ordonner l'arrêt immédiat du projet de faire couler le navire. En attendant une décision, l'ex-Foch dont la carrière a commencé en 1963 reste au large des côtes brésiliennes en attendant qu'un Etat accepte de le déconstruire. Les ONG lui ont donné pour surnom, "le navire de la mort".

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco