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Vincent Bolloré déclare la guerre à Silvio Berlusconi

Le raider breton est en conflit avec l'homme d'affaires italien depuis juillet

Le raider breton est en conflit avec l'homme d'affaires italien depuis juillet - Serge Surpin Satellifax

Vivendi, en conflit avec Silvio Berlusconi, se met à racheter une partie de son groupe Mediaset de manière hostile.

Vivendi contre attaque. Le groupe présidé par Vincent Bolloré a annoncé lundi 12 décembre avoir acquis 3,01% du capital de Mediaset, ce qui représente près de 100 millions d'euros selon le cours à la clôture lundi soir. Une entrée au capital bien sûr non désirée par Silvio Berlusconi, les deux groupes étant en conflit depuis fin juillet.

Et ce n'est pas tout. Vivendi annonce "avoir l'intention de poursuivre ses achats d'actions jusqu'à devenir, le cas échéant, le deuxième actionnaire industriel de Mediaset, ce qui, dans un premier temps, pourrait représenter entre 10 % et 20 % du capital", ce qui coûterait entre 320 et 640 millions d'euros. Rappelons que la holding Fininvest de l'ancien premier ministre italien est actuellement le premier actionnaire de Mediaset, avec 33,5% du capital.

Opération hostile

Mediaset a réagi mardi matin en affirmant que "ces acquisitions sont survenues à l'insu total de la société et donc en dehors d'un quelconque accord avec Mediaset". La société rappelle une nouvelle fois que les deux entreprises n'ont plus été en contact depuis le 25 juillet et la dénonciation de l'accord sur Mediaset Premium.

Dans son communiqué, Vivendi justifie son opération hostile: "l'intérêt stratégique du partenariat industriel dépasse les enjeux du contentieux [avec Mediaset]. L'entrée au capital de Mediaset s'inscrit dans la volonté de Vivendi de se développer en Europe du Sud, et dans le cadre de ses ambitions stratégiques en tant que groupe international majeur dans le domaine des médias et des contenus d'essence européenne". Toutefois, on voit mal comment les deux groupes pourraient coopérer sur fond de procès et de raids hostiles. Plus probablement, Vincent Bolloré essaie ainsi de faire pression sur Silvio Berlusconi pour qu'il retire ses plaintes contre Vivendi. 

Rappelons que les deux groupes avaient annoncé le 8 avril un "partenariat stratégique et industriel" comprenant plusieurs volets. D'une part, Vivendi devait racheter 3,5% de Mediaset et 100% de Mediaset Premium, son bouquet de télévision payante italien. D'autre part, Mediaset devait acquérir 3,5% du capital du français. Enfin, les deux alliés devaient lancer un service de vidéo-à-la-demande de type Netflix, et coopérer dans la production et la distribution de programmes.

570 millions d'euros de dommages

"Vincent Bolloré a conclu cet accord peut être un peu trop vite, car il voulait montrer qu'il pouvait s'étendre à l'étranger au moment où son accord avec beIN Sports était bloqué en France", raconte un proche. En outre, les équipes de Canal Plus, n'avaient guère envie de racheter Mediaset Premium, lourdement déficitaire et présent sur la seule TNT.

Un audit de Mediaset Premium fut alors confié à Deloitte. Selon Vivendi, "il est ressorti de cet audit que les chiffres fournis par Mediaset préalablement à la signature n’étaient pas réalistes et reposaient sur une base artificiellement augmentée". Vivendi s'abstint donc de notifier l'accord à Bruxelles, et proposa à Silvio Berlusconi divers plan B, où le français rachetait seulement une minorité du capital de Mediaset Premium, afin de ne pas en consolider les pertes.

Furieux, le groupe italien riposta en attaquant Vivendi devant le tribunal de commerce de Milan, réclamant 570 millions d'euros de préjudice.

Mediaset détient notamment les chaînes italiennes Canale 5, Italia 1, Retequattro, et est aussi actionnaire de la chaîne espagnole TeleCinco.

Jamal Henni