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Un navire de croisière américain à Cuba, une première depuis 50 ans

Les relations s'apaisent entre Cuba et Washington.

Les relations s'apaisent entre Cuba et Washington. - Paul Richards - AFP

"Un navire de croisière avec 700 passagers va de Miami à Cuba. Ce n'était plus arrivé depuis un demi-siècle."

Le dégel entre Washington et La Havane se fait sentir. Un navire de croisière américain, avec quelque 700 passagers à bord, met le cap sur Cuba dimanche depuis Miami, dans le sud-est des États-Unis. Le bateau Adonia de Fathom, filiale du groupe américain Carnival, doit quitter à 15H30 (19H30 GMT) le port de Miami, en Floride, bastion de la diaspora cubaine aux États-Unis, pour arriver seulement lundi à La Havane, sa première étape sur l'île communiste.

La croisière durera une semaine, et la compagnie Fathom a prévu d'en organiser deux par mois, avec l'objectif de promouvoir les échanges culturels entre les deux pays, suite au rapprochement entre les anciens ennemis de la Guerre froide, amorcé en décembre 2014. "Fathom offre une opportunité vraiment historique de voyager à Cuba: l'occasion de construire de nouveaux ponts vers une culture riche et animée que les Américains ne connaissaient jusqu'à présent que par des photos", fait valoir l'entreprise.

Plusieurs écueils administratifs

La compagnie de croisière a dû cependant surmonter plusieurs écueils administratifs qui menaçaient de faire échouer le projet. La dernière incertitude a été levée la semaine dernière quand le gouvernement de Raul Castro a supprimé les ultimes restrictions sur les voyages par voie maritime des Cubains, vers ou à partir des États-Unis. Dans un premier temps, compte tenu des limites imposées par le contexte de la Guerre froide lorsque le régime cubain craignait le débarquement d'anti-Castro, Carnival avait refusé les réservations des Cubano-américains. Cela avait provoqué une polémique. Face aux critiques des anti-castristes et de responsables gouvernementaux, dont l'administration du président américain Barack Obama, Carnival, premier groupe mondial de croisières, est finalement revenu sur sa décision et a accepté les réservations de personnes nées à Cuba. Avant d'obtenir par la suite la levée de restrictions par le régime communiste.

D'intenses négociations ont porté leurs fruits et Cuba a fini par permettre à ses habitants de voyager par mer, dans le cadre du processus de normalisation américano-cubain qui a culminé en mars avec la visite historique du président Obama à Cuba. Les Cubains pourront désormais embarquer et débarquer sur l'île en tant que passagers ou membres d'équipage de bateaux de marchandises ou de croisière. Selon Carnival, les Cubains qui ont émigré aux Etats-Unis avant 1971 auront besoin d'un visa spécial mais ceux qui ont quitté l'île après cette date pourront voyager avec un passeport cubain, comme les passagers aériens.

1.800 dollars pour la cabine

Le navire Adonia a prévu des activités culturelles dans plusieurs ports: La Havane lundi, Cienfuegos jeudi, et Santiago de Cuba vendredi, avec des rencontres avec des artistes, des musiciens, des cours de danse et des visites guidées. Les Américains peuvent ainsi voyager sur l'île en dépit de l'embargo commercial et financier américain imposé à l'île depuis 1962, qui leur impose toujours de répondre aux critères des 12 catégories de voyages autorisés (religieux, universitaires, sportifs ou culturels notamment).

Carnival est la première entreprise à être autorisée, à la fois par les États-Unis et par Cuba, à naviguer entre les deux pays, une première depuis l'interdiction de ces voyages après la révolution cubaine en 1959. Il en coûtera pour chaque passager 1.800 dollars pour une cabine sur le bateau et jusqu'à 7.000 pour une suite. Outre les croisières et les liaisons par ferry, qui n'ont pas encore repris, une centaine de vols réguliers entre les deux pays doivent recommencer cette année après 53 ans de gel. Ces nouvelles occasions de voyager profiteront d'abord aux deux millions de Cubains réfugiés aux États-Unis tandis qu'à Cuba, la majorité des habitants espèrent que l'arrivée de ces nouveaux touristes dopera l'économie de l'île --et leurs maigres revenus.

D. L. avec AFP