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Si Mediapro fait faillite, "c'est toute l'économie du football français qui s'écroule"

En 2018, le groupe audiovisuel catalan avait raflé la majeure partie des lots de diffusion de la Ligue 1, pour 800 millions d'euros par an. Même si sa chaîne Téléfoot a déjà noué plusieurs partenariats, Mediapro s'est lancé dans un pari financier risqué, souligne Pierre Rondeau, spécialiste de l'économie du sport.

Les amateurs de football français devront désormais faire avec Mediapro. Ou plutôt Téléfoot, du nom de la chaîne créée par le groupe catalan pour diffuser en exclusivité la plupart des rencontres de la Ligue 1 pour les quatre saisons qui arrivent. En 2018, le groupe audiovisuel, adossé à un fonds chinois, ainsi mis 800 millions d'euros, par saison, sur la table, prenant de court les diffuseurs classiques.

Compte tenu de la somme misée, des doutes subsistent encore sur la solidité du groupe qui a encore tout à prouver.

"L'inquiétude ne vient pas de la crise économique mais de la capacité à ce que Mediapro, ce nouvel acteur qui s'appellera en France Téléfoot, puisse rentabiliser ses investissements initiaux", détaille, sur le plateau de 12H, l'Heure H, Pierre Rondeau, économiste du sport.

A savoir les 800 millions dépensés pour le football français mais aussi la moitié des droits de RMC Sport, comme négocié récemment avec Altice (propriétaire de RMC Sport et BFM Business, ndlr) pour la coupe d'Europe pendant une saison. Sans compter "tous les investissement structurels, lié à l'investissement d'une nouvelle chaîne. Donc nouveaux studios, nouveaux journalistes, nouveaux présentateurs…"

Rentabiliser, mission impossible? 

"Donc il faut rentabiliser" poursuit l'économiste. "Et pour rentabiliser, le calcul a été fait, il faut 3,5 millions d'abonnés à 25 euros par mois. Cela me semble très compliqué, à l'heure actuelle".

Concrètement personne n'a réalisé une telle prouesse, uniquement avec du football. "BeIN SPORTS, par exemple, c'est quatre millions d'abonnés lors de la Coupe du Monde 2018" explique Pierre Rondeau. Mais seulement, le temps d'un mois puisque, dès le mois de septembre suivant, après la compétition, "ils sont repassés à trois millions".

C'est donc clairement un risque de faillite qui pèse sur Mediapro, qui s'est d'ailleurs associé à Netflix pour tenter d'élargir son audience. "Et s'il y a faillite de la chaîne qui a souscrit un contrat sous quatre ans jusqu'en 2024 (..) c'est toute l'économie du football français qui s'écroule", prévient l'économiste, puisque 36% du budget d'un club de foot est composé des droits TV. Pour autant, le fonds chinois devrait alors se porter à la rescousse du groupe audiovisuel. "L'autre perspective, c'est l'arrivée des GAFA" renchérit l'économiste. Et là, ce serait une petite révolution…

Thomas Leroy