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Ruée sur l'art en 2014

Andy Warhol est toujours aussi prisé.

Andy Warhol est toujours aussi prisé. - Rodriguo Arangua - AFP

Les enchères publiques d'art dans le monde ont atteint 15,2 milliards de dollars l'année dernière. Un record.

Si le climat actuel reste morose, tous ne se laissent pas abattre. Les collectionneurs d'art ont continué à faire des affaires. En effet, 2014 a été une année exceptionnelle pour les enchères d'oeuvres d'art dans le monde.

Avec un chiffre d'affaires de 15,2 milliards de dollars (13,5 milliards d'euros) contre 12,5 milliards en 2013, les enchères publiques d'art dans le monde ont atteint l'an dernier un niveau record. "Un résultat époustouflant, en progression de 300% en une décennie", a déclaré à l'AFP Thierry Ehrmann, président-fondateur d'Artprice.com, dont le rapport a été réalisé en partenariat avec le conglomérat institutionnel chinois Artron.

La Chine conserve de peu sa première place devant les Etats-Unis, dans un marché tiré par la multiplication des musées, selon le rapport annuel d'Artprice, leader mondial des données sur ce secteur, transmis en exclusivité à l'AFP.

Ce boom s'accompagne d'un taux d'invendus de 37% en Occident et de 54% en Chine, qui "démontre l'absence de spéculation", selon Thierry Ehrmann.

Record de ventes supérieures à 1 million de dollars

L'année 2014 a également été marquée par un record de 1.679 enchères supérieures ou égales à un million, soit quatre fois plus qu'il y a dix ans. 125 oeuvres ont été vendues 10 millions de dollars ou plus (hors frais), contre seulement 18 en 2005. Talonnée par les Etats-Unis, la Chine reste en tête avec un chiffre d'affaires de 5,6 milliards de dollars (incluant Hong Kong et Taïwan), en baisse de 5% par rapport à 2013. Malgré ce ralentissement, elle l'emporte sur son rival américain, notamment "parce qu'elle dispose du plus grand marché d'oeuvres anciennes", note Thierry Ehrmann.

"La demande est constante et agressive, et ce, sur tous les continents, souligne Thierry Ehrmann, notamment grâce à l'industrie muséale".

"Il s'est créé plus de musées entre 2000 et 2005 que durant tout le 19e et le 20e siècle et il s'ouvre dans la Grande Asie, un musée par jour", écrivent le président-fondateur d'Artprice.com et le président du groupe Artron, Wang Jie. Or, ajoutent-ils, "un musée a besoin d'un minimum de 3.000 à 4.000 oeuvres de qualité pour être crédible" et "n'a pas vocation à se défaire de ses acquisitions", comme un simple collectionneur.

La barre du milliard pourrait être franchie prochainement

Si les enchères dépassant le million de dollars ne représentent que 0,4% du marché, elles sont "essentielles pour que perdure la puissance des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne", souligne le rapport. 83 des 125 adjudications à dix millions de dollars ou plus ont été réalisés aux Etats-Unis. Ces ventes représentent seulement 1% des lots dispersés mais 75% du volume d'affaires américain.

Le très haut de gamme a aussi dopé le marché britannique où les oeuvres cédées plus d'un million ont représenté 67% des ventes. Selon Artprice, le marché, après avoir atteint les 100 millions de dollars pour une oeuvre dans les années 2000, est à la veille d'un nouveau changement d'échelle. Début février, un collectionneur suisse a cédé en vente directe une toile de Gauguin pour 300 millions de dollars, selon le New York Times.

La barre du milliard pourrait être franchie prochainement, estime Artprice. Alors qu'"il y a 20 ans, l'Amérique et l'Europe représentaient plus de 95%" des ventes, explique Thierry Ehrmann, le marché de l'art est désormais "présent sur tous les continents sans exception". Il "devient un investissement à part entière, fiable, stable dans le temps et beaucoup moins sujet à des retournements violents que le marché des actions".

L'art moderne est le plus recherché

Si les prix flambent pour l'art contemporain, l'art moderne (artistes nés entre 1860 et 1920) est toujours le plus recherché. Il a enregistré globalement une année record à 4,1 milliards de dollars, avec des prix en hausse de 31,6% sur la décennie.

Il est suivi par l'art d'après-guerre (artistes nés entre 1920 et 1945) dont les prix ont progressé de 39,3% en dix ans, puis par l'art contemporain (+55,8%). En 4e position, l'art ancien (artistes nés avant 1760) a vu ses prix baisser de 13,3% sur la décennie, tandis que ceux de l'art du 19e siècle ont chuté de 23,1%.

New York est la capitale mondiale de l'art

New York et Londres contrôlent la moitié du chiffre d'affaires mondial (7,5 milliards de dollars). Pékin (2,6 mds) et Hong Kong (906 millions) se classent 3e et 4e.

Quant à Paris, elle reste la première place d'enchères en Europe continentale avec un chiffre d'affaires de 425 millions de dollars (374 millions euros), mais elle est talonnée par Shanghai (422 millions dollars) et enregistre un taux d'invendus particulièrement élevés (45,4%).

Andy Warhol superstar

Le montant des oeuvres du créateur du Pop Art vendues aux enchères l'an dernier dans le monde a atteint 569 millions de dollars (hors frais) soit 501 millions d'euros au cours actuel, le chiffre le plus important jamais réalisé par un artiste sur un an.

L'Américain devance ainsi très largement Pablo Picasso (375 millions dollars), selon le classement réalisé par Artprice.

Le Britannique Francis Bacon est en 3e position (270 millions), suivi par l'Allemand Gerhard Richter (254 millions), l'Américain Marc Rothko (249 millions) et Claude Monet (222 millions). Le Chinois Qi Baishi occupe la 7e place (206 millions), devançant de peu Alberto Giacometti (205 millions) qui est suivi par un autre Chinois Zhang Daqian (193 millions). Le très polémique Jeff Koons, seul artiste vivant de la liste avec Richter, est à la 10e place (149 millions).

D. L. avec AFP