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Quand un informaticien accuse Plus belle la vie d'avoir plagié son roman

Une procédure qui dure depuis huit ans

Une procédure qui dure depuis huit ans - France Télévisions Thomas Vollaire

SÉRIE D'ÉTÉ: LES STARS DANS LE PRÉTOIRE. Depuis huit ans, Norbert Artal poursuit en justice France Télévisions et le producteur du feuilleton, persuadé qu'un de ses romans a inspiré plusieurs épisodes.

Il s'appelle Norbert Artal. Il a 65 ans. Il est aujourd'hui retraité. Titulaire d'une licence de philosophie, il a été libraire. Il a ensuite décroché en cours du soir à l'IAE de Paris un DESS de gestion. Il est alors devenu informaticien, travaillant pour Axa, les Caisses d'Epargne, le Stade de France... A ses heures perdues, il est aussi écrivain. Il a écrit plus de quinze romans, auto-édités en général, sous son nom ou sous le pseudonyme de Wilburt Ginger Stone. Peut-être est-il aussi un peu procédurier: il a fait plusieurs procès aux Hôpitaux de Paris et a créé un site web pour le raconter. 

Quoiqu'il en soit, pour se vider la tête en rentrant du travail, il commence à regarder Plus belle la vie en juin 2009. Il y trouve des similitudes avec son dernier roman, L'héritage du lobotomisé, écrit sous le pseudonyme de Wilburt Ginger Stone, et auto-édité quelques mois plus tôt. On y voit aussi des SDF retrouvés morts. Et on y soupçonne aussi un médecin (Cazals dans la série, Cluzel dans le roman) de les avoir tués pour pratiquer des expériences médicales... Un an plus tard, on voit apparaître dans le feuilleton un personnage lobotomisé à des fins crapuleuses, comme il en existe aussi dans son roman.

Huit ans de procédure

Norbert Artal se lance alors dans un interminable procès pour "contrefaçon" contre France Télévisions et le producteur du feuilleton, Newen (filiale de TF1). Il réclame plus de 100.000 euros, 50% des bénéfices sur les produits dérivés, la mention de son nom au générique, ou encore la suspension de la série. L'auteur a perdu tous ses procès, sauf devant la cour de cassation, ce qui a permis de relancer l'affaire, qui n'est toujours pas finie.

Dans un premier temps, les juges déboutent Norbert Artal, car il n'arrive pas à prouver que son roman est antérieur au feuilleton, ou bien qu'il se cache derrière le pseudonyme de Wilburt Ginger Stone. Norbert Artal finit par apporter les preuves nécessaires, mais il se heurte à d'autres obstacles: les épisodes de 2009-2010 où il aurait été plagié ne sont pas disponibles, et il doit se contenter de résumés de l'intrigue parus sur le web.

Norbert Artal ne lâche pas l'affaire

Finalement, en janvier 2017, la cour d'appel de Lyon reconnaît plusieurs "similitudes" entre les deux oeuvres, mais déboute néanmoins Norbert Artal. Pour la cour, "le droit d'auteur ne protège pas les idées exprimées, mais seulement la forme originale sous laquelle ces idées sont présentées. L'association de thèmes relèves de l'idée, mais n'est pas protégeable en soi. La contrefaçon ne saurait donc s'établir uniquement par la reprise de thèmes similaires". Mais Norbert Artal ne lâche pas l'affaire, et indique qu'il va se pourvoir une seconde fois en cassation. "En dépit de mes faibles revenus de retraité" ajoute-t-il. 

Parallèlement, les rapports entre l'écrivain et ses adversaires deviennent de plus en plus âpres. France Télévisions engage une procédure pour saisir sur le compte bancaire de Norbert Artal les frais de justice qu'il a été condamné à payer. Ce dernier réplique en accusant les scénaristes d'avoir "poussé le vice" jusqu'à introduire dans le feuilleton deux personnages négatifs le visant personnellement: un truand baptisé Norbert, et un homme de main nommé Balitran. Il réclamait 10.000 euros de dommages pour "atteinte à son honneur", mais a aussi été débouté sur ce point.

Contacté, Newen n'a pas souhaité faire de commentaires, tandis que France Télévisions n'a pas répondu.

Retrouvez les autres épisodes de la série ici.

Jamal Henni et Simon Tenenbaum