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Pourquoi les programmes TV français s'exportent trop peu

Le dessin animé "Sonic Boom" fait un carton à l'export

Le dessin animé "Sonic Boom" fait un carton à l'export - Cartoon Network

Du 6 au 10 septembre se tient à Biarritz le Rendez Vous, où les programmes français sont présentés à des acquéreurs étrangers. A cette occasion, Emmanuelle Guilbart, directrice générale du distributeur About Premium Content, analyse les difficultés des programmes français à l'export.

Pourquoi les programmes français s'exportent peu?

C'est avant tout une question de financement. Dans le système français, les programmes sont quasi totalement financées par la chaîne de télévision qui va le diffuser, ainsi que par le CNC (Centre national du cinéma). Autrement dit, le financement est 100% français, et donc il n'y a pas besoin d'aller chercher de complément de financement auprès de chaînes étrangères et d’intégrer la composante internationale dans la genèse du projet.
Tandis qu'en Scandinavie par exemple, les télévisions locales n'apportent que les deux tiers du financement, et il y a donc besoin d'aller chercher le reste ailleurs.
Toutefois, la situation française est en train d'évoluer. Le financement par les chaînes est de plus en plus tendu, car celles-ci ont moins d'argent à cause de la crise publicitaire et, pour les chaînes publiques, de la raréfaction de l'argent public. Il y a donc une volonté de plus en plus importante de trouver d'autres financements à l'export et une envie des auteurs et des producteurs de penser plus international.

Tous les programmes français sont-ils exportables?

Clairement, non. Cela ne se décrète pas. Il faut que le programme soit à forte valeur ajoutée, audacieux, original. Il doit être soit très distinctif ou soit très universel.

Comment se structure le marché?

L'exportation de programmes est assurée soit par le producteur lui-même, soit par un distributeur tiers. Il y a donc des mastodontes avec des groupes intégrés de plus en plus en gros constitués à coup de fusions, comme Endemol-Shine ou Banijay-Zodiak.
A côté, il y a des distributeurs indépendants comme nous, qui travaillent avec des producteurs indépendants. Nous pensons qu'une petite taille nous permet d'être plus agiles et de mieux défendre les programmes. Nous assurons la distribution du programme, et nous versons aussi en avance les recettes des futures ventes à l'export. C'est ce que nous avons fait par exemple sur Au service de la France (série humoristique d'espionnage diffusée prochainement sur Arte), les dessins animés Nanette (bientôt sur M6) ou Zoli et Pouet (bientôt sur Gulli).
Mais nous pensons que le distributeur va intervenir de plus en plus tôt dans le projet, participant à son financement de plus en plus en amont, prenant une part croissance du risque, et devenant co-producteur du programmes. C'est ce que nous allons faire. Et pour nous y aider, le producteur britannique Nevision a pris une participation majoritaire dans notre capital.

Hausse de +17% des exportations de programmes français

210 millions d'euros, c'est le montant des exportations de programmes audiovisuels français l'an dernier, un record historique. Une hausse de +17% par rapport à 2013. Fictions et documentaires se vendent bien et malgré un léger fléchissement, les séries d'animation restent en tête des exportations.

Parmi elles, Sonic Boom fait un carton. Après avoir été le héros de dizaines de jeux vidéos, le hérisson bleu intrépide se décline depuis un an en 52 épisodes de 11 minutes, tout en images de synthèse et en haute définition. Une série développée par le français OuiDO Production, filiale de Technicolor. La série est aujourd'hui diffusée dans près de 70 pays.

Autre grand succès d'animation: la série des Lapins Crétins, également issue d'un jeu vidéo. Pour le coup, les dialogues sont inexistants, seuls des bruitages et des onomatopées occupent la bande son, ce qui facilite son export. La 1re saison avait été vue 450 millions de fois dans le monde.

Elisabeth Hu

Jamal Henni