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Pourquoi les entreprises asiatiques investissent le football européen

Le Chinois Wang Jianlin a investi 45 millions d'euros dans l'Atlético Madrid.

Le Chinois Wang Jianlin a investi 45 millions d'euros dans l'Atlético Madrid. - Isaac Lawrence - AFP

AC Milan, Atlético Madrid…les marques d’intérêt des investisseurs asiatiques pour les clubs européens se multiplient. Décryptage du phénomène.

Le football européen, nouvelle lubie des sociétés asiatiques? Les investissements et autres marques d’intérêts provenant du continent voisin se multiplient. Silvio Berlusconi aurait ainsi repoussé une offre de 970 millions d’euros du magnat thaïlandais Bee Taechaubol pour le rachat de l’AC Milan. Quand son grand rival, l’Inter Milan, est depuis 2013 aux mains de l’Indonésien Erick Thohir.

De son côté, le milliardaire chinois Wang Jianlin (Wanda Group), a récemment frappé un grand coup en acquérant 20% du capital de l’Atlético Madrid, champion d’Espagne en titre. Et en France, le FC Sochaux pourrait vite changer de pavillon, une lettre d’intention ayant été envoyée par l’entreprise Ledus, filiale de la société chinoise Tech Pro Technology Development.

Combler un déficit en matière d'image

Pourquoi cet intérêt soudain ? Surtout une question d’époque. "Beaucoup d’entreprises chinoises prennent de l’envergure et investissent le champ du sport, afin de se faire connaître et diversifier leur cible", décrypte Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d’économie du sport (CDES).

Dans ce cas, mieux vaut ne pas trop compter sur des profits à court terme. "Ce n’est clairement pas la rentabilité qui est recherchée, mais plutôt l’image. La Chine était une économie très dirigée, et ses entreprises ont envie de montrer que le pays a évolué", assure le spécialiste.

Jouer dans la cour des grands

Dans le même temps, "il ne faut pas oublier que beaucoup de clubs sont à la recherche de liquidités, un peu par tous les moyens", rappelle-t-il. En outre, il peut dans certains cas s’agir de "valider son entrée dans le cercle des grands groupes internationaux, notamment américains et européens", poursuit Christophe Lepetit. Une sorte de passage obligé, en somme, pour pouvoir jouer dans la même cour que les Mc Donald’s, Coca-Cola et consorts.

Enfin, l’utilisation du sport pour créer une image positive, communément appelée "diplomatie sportive", donne une indication sur les visées à long terme de certaines entreprises asiatiques. Une stratégie généralement utilisée par les Etats (Qatar, Azerbaidjan, Emirats arabes unis), mais pas exclusivement. Parallèlement à sa montée au capital de l’Atlético Madrid, Wanda Group a ainsi finalisé l’acquisition de la société suisse Infront, spécialisée dans le marketing sportif et détenant les droits TV en Asie pour les deux prochaines Coupes du monde. Le tout alors qu’une candidature chinoise pour le Mondial 2026 est de plus en plus d’actualité…

Yann Duvert