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Pourquoi le festival off d'Avignon est plus important que le in

Les affiches des spectacles du "off" couvrent la ville

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A côté du festival officiel, ce festival parallèle est aussi un immense marché où 1.416 spectacles ont, cette année, été présentés aux programmateurs des théâtres.

"Les journalistes disent que le festival d'Avignon est terminé, mais ce n'est pas vrai!" L'auteur et metteur en scène Elie Salleron est un peu agacé quand la presse annonce prématurément la fin du festival. Car si le festival officiel (le in dans le jargon local) s'est bien arrêté le 24 juillet, le festival parallèle (le off) continue jusqu'à ce samedi 30 juillet.

A l'origine, les deux festivals se terminaient en même temps. Mais pour faire des économies, le in a réduit sa durée, passée de 24 à 19 jours en deux ans. Ce qui ne fait pas les affaires du off. Difficile en effet d'attirer les spectateurs quand les grands médias disent que tout est terminé. Car la grande presse ne s'intéresse qu'au in.

Toujours plus de spectacles et de spectateurs

Malgré cela, la 50ème édition du off a enregistré cette année des chiffres en progression, publiés ce vendredi 29 juillet. Ont ainsi été présentés 1.416 spectacles, soit 80 de plus que l'an dernier. La carte de réduction du off s'est vendue à 55.815 exemplaires, contre 55.285 en 2015, 48.850 en 2014, et 52.450 en 2013.

Parmi ces spectateurs, des touristes venus de toute l'Europe, mais aussi beaucoup professionnels du théâtre, en particulier des directeurs de théâtre et des programmateurs, surtout de salles de province. Ces derniers viennent à Avignon faire leur marché pour trouver les spectacles à mettre à l'affiche les saisons prochaines. Ce qui fait du off un immense marché du spectacle vivant, le premier de France.

Une ardoise moyenne de 8.610 euros

Pour une troupe, participer au off est donc fondamental pour l'avenir de son spectacle. La troupe est donc prête pour cela à investir des sommes conséquentes, voire à perdre de l'argent. Une enquête menée en 2014 par l'association organisant le off montrait qu'un spectacle perdait en moyenne 8.610 euros. En effet, les recettes (15.826 euros, provenant essentiellement de la vente des places) ne couvre pas les dépenses (24.436 euros). Au sein de ces dépenses, les salaires des artistes accaparent 39%, et la location de la salle 22% (soit 5.376 euros en moyenne). Et encore, ces dépenses en Avignon n'incluent pas les dépenses de production en amont (répétitions, décors, costumes).

Des chiffres confirmés par les compagnies. "Avignon représente pour nous un budget de 30.000 euros, qui est à peu près équilibré. Mais le festival nous permet de décrocher des programmations, qui rendent finalement l'opération rentable", explique ainsi Jean-Philippe Bêche, auteur et co-producteur de la pièce Tony et Marilyn, qui narre les amours de Tony Curtis et Marilyn Monroe.

"A elle seule, la location de la salle nous coûte 10.000 euros. Même si la salle est remplie depuis le 4ème jour du festival, nous allons terminer le festival avec 5.000 euros de dettes, mais nous les récupérerons avec la tournée", abonde Seb Lanz, qui a adapté en spectacle le livre L'enseignement de l'ignorance de Jean-Claude Michéa.

La palme du plus petit budget

Mais la palme du plus petit budget revient à L'inconcevable silhouette du nouveau futur qui tue: seulement 700 euros. "Une autre compagnie s'étant désistée au dernier moment, nous avons eu la chance de récupérer la salle sans avancer d'argent, mais en payant via un partage des recettes à 50/50 avec le propriétaire", expliquent les interprètes Elie Salleron et Lucas Henaff. Ils ont monté la pièce deux semaines avant le festival, soit trop tard pour figurer dans le programme -un gros handicap qu'ils rattrapent en distribuant assidûment des tracts. "20% des spectateurs viennent grâce au tractage, le reste par le bouche-à-oreille ou par relations", estiment-ils. Avec tous ces handicaps, la salle fut difficile à remplir au début, mais le duo est aujourd'hui satisfait d'attirer plus d'une dizaine de spectateurs par soir, avec leur satire mordante d'un théâtre public prétendant vouloir changer le monde... "Finalement, écrire la pièce n'est pas ce qui prend le plus de temps, c'est tout le reste...", conclut Elie Salleron.

Jamal Henni, à Avignon