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Pourquoi le CSA a nommé Mathieu Gallet à Radio France

Les membres du CSA (avec au centre le président Olivier Schrameck) annonçant la nomination de Mathieu Gallet

Les membres du CSA (avec au centre le président Olivier Schrameck) annonçant la nomination de Mathieu Gallet - -

Le gendarme de l'audiovisuel espère que le jeune patron de l'INA saura rajeunir l'audience et développer le numérique. Mais il a aussi voulu montrer son indépendance vis-à-vis du gouvernement.

A la surprise générale, le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel) a nommé, jeudi 27 février, à la tête de Radio France Mathieu Gallet, PDG de l'INA.

Le gendarme de l'audiovisuel justifie son choix dans sa décision mise en ligne jeudi soir. D'abord, il a apprécié les développements dans le numérique promis par Mathieu Gallet dans son projet, alors que l'audience sur le net des radios publiques a peu progressé sous Jean-Luc Hees (cf. ci-contre). Même si la volonté de Mathieu Gallet de faire payer les podcasts a immédiatemment été raillée sur Twitter...

Ensuite, le CSA estime que la jeunesse de Mathieu Gallet (37 ans) le rend apte à rajeunir l'audience des radios publiques, qui est vieillissante. Selon les chiffres obtenus par BFM Business (cf. ci-contre), ce vieillissement s'est poursuivi sous la présidence de Jean-Luc Hees. Pire: Le Mouv', qui est censée ramener les jeunes vers le service public, a même vu son auditoire fortement vieillir...

Faire preuve d'indépendance

Mais ce que le CSA ne dit pas dans sa décision, c'est qu'il a voulu faire preuve d'indépendance politique. En effet, il a rejeté les candidats qui étaient marqués à gauche, comme la journaliste Anne Brucy, Martin Ajdari (ancien du cabinet de Laurent Fabius), voire Anne Durupty (qui a été directrice de cabinet d'Hervé Bourges).

Au contraire, il a choisi le candidat le plus classé à droite. En effet, Mathieu Gallet a été sous la présidence Chirac conseiller au cabinet de François Loos au ministère de l'Industrie. Puis sous la présidence Sarkozy, il a été membre des cabinets de Christine Albanel puis de Frédéric Mitterrand au ministère de la Culture.

De manière prémonitoire, le président du CSA Olivier Schrameck avait prédit, le 31 janvier, sur Europe 1: "je n'ai pas de raison de penser que ce [futur] choix marque a priori un quelconque signe d'allégeance à quoi que ce soit. Il n'y aura non seulement aucune consigne mais pas la moindre suggestion de la part du pouvoir politique. Je vous accorde que c'est peut-être la première fois." 

Au lendemain du vote, on souligne au CSA que "ce choix illustre un changement d'époque, où l'indépendance est totale, même si Mathieu Gallet n'a bien sûr pas été choisi pour démontrer cela".

Quelle réaction du pouvoir?

Reste que cette volonté d'indépendance implique un risque: que le gouvernement socialiste le prenne mal. Hélas, il y a un triste précédent: en 1989, le CSA avait nommé à la tête de France Télévisions Philippe Guilhaume, neveu par alliance de Jacques Chaban-Delmas et père de l'animatrice Virginie Guilhaume. Une décision qui mit en fureur le pouvoir socialiste, qui fit tout pour lui savonner la planche, jusqu'à ce que, acculé, Philippe Guilhaume démissionne un an et demi plus tard...

Mais, là encore, Olivier Schrameck avait devancé la critique fin janvier: "le président de la République a voulu précisément que le pouvoir de désignation soit transféré de lui-même au CSA, en revenant à la situation antérieure. Il est dans la logique de l'application de sa propre décision."

En clair, le gouvernement socialiste serait malvenu de critiquer une indépendance qu'il a lui-même voulue. D'ailleurs, le choix du CSA a immédiatement été salué par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

Risques multiples

Mais le CSA a aussi pris d'autres risques. En effet, l'expérience managériale de Mathieu Gallet est plus limitée que celle d'autres candidats: elle se limite à ses 4 ans à la tête de l'INA, une entreprise cinq fois plus petite que Radio France, et bien moins complexe.

Last but not least, le CSA a aussi pris un risque juridique: la nomination de Mathieu Gallet comme PDG de l'INA pourrait constituer une "prise illégale d'intérêt" répréhensible pénalement.

En revanche, ce risque juridique n'existe pas pour sa nomination à Radio France. Certes, Mathieu Gallet a très probablement supervisé les radios publiques lorsqu'il était au cabinet de Frédéric Mitterrand. Mais c'était il y a plus de trois ans, et donc il n'y a plus d'incompatibilité avec son recrutement à Radio France.

Jamal Henni