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Nouveau patron de la diversification à France Télévisions

Yann Chapellon était un très proche de Bruno Patino

Yann Chapellon était un très proche de Bruno Patino - Serge Surpin Satellifax

Yann Chapellon, patron de France Télévisions Distribution, quitte son poste. Son bilan médiocre avait été pointé du doigt par la Cour des comptes dans un rapport confidentiel.

Le renouvellement des équipes se poursuit à France Télévisions. Mercredi 9 septembre, les chaînes publiques ont annoncé "la démission" de Yann Chapellon de son poste de PDG de France Télévisions Distribution, la filiale chargée de la diversification, c'est-à-dire les revenus hors du coeur de métier: ventes de DVD, de jeux, de journaux, de programmes à des chaînes étrangères... Il est remplacé par Laeticia Recayte au poste de PDG, tandis que Frédéric Olivennes devient directeur général délégué à la stratégie commerciale.

Départ logique

Ce départ de Yann Chapellon est logique à double titre. D'abord, il fait partie de la garde très rapprochée de Bruno Patino, qui vient lui-même d'être remercié. Les deux hommes ont travaillé ensemble au Monde entre 2000 et 2008. Et c'est Bruno Patino qui l'avait nommé en 2010 à la tête de la diversification, malgré son absence totale d'expérience dans ce domaine. 

Autre explication: le bilan de Yann Chapellon est plus que médiocre, comme l'a souligné il y a un an un rapport confidentiel de la Cour des comptes, dont les Echos avaient publié des extraits. 

Un chiffre d'affaires en chute libre

Premier problème: le chiffre d'affaires de France Télévisions Distribution, après vingt ans de croissance interrompue, s'est effondré de -30% entre 2009 et 2014. Une chute "forte, rapide et importante", déplore la Cour des comptes, qui ajoute: "la situation présente une fragilité d’autant plus grande que tous les secteurs d’activité ont connu une diminution sensible du chiffre d’affaires, à l’exception de la vidéo-à-la-demande".

Pour se défendre, Yann Chapellon expliquait que cet effondrement était dû à des facteurs externes, précisément à la chute générale du marché du DVD et des licences, c'est-à-dire des redevances reçues sur les produits dérivés fait à partir des émissions (jeux, livres, journaux...). Mais les limiers de la rue Cambon ne sont pas d'accord avec cette explication: "l’évolution du marché n’explique que partiellement le recul du chiffre d’affaires". Concernant le DVD, le rapport pointe "une relative déconnexion entre l’évolution globale du marché et celle de l’activité de France Télévisions Distribution. Le marché physique décroît dès 2006, c’est-à-dire à un moment où le chiffre d’affaires de France Télévisions Distribution est à un point culminant. Par ailleurs, France Télévisions Distribution occupe une part de marché extrêmement réduite: 1,5%. Enfin, les études semblent montrer que la clientèle de France Télévisions Distribution fait partie de celles qui restent relativement attachées au support physique."

Un résultat qui plonge dans le rouge

Parallèlement, la rentabilité est devenue quasi-nulle, et le résultat est même tombé dans le rouge en 2010 et 2011. La Cour des comptes pointe "un équilibre précaire", et un retour aux bénéfices qui "reste fragile".

Pire: le rapport révèle que la quasi-totalité des activités sont déficitaires, notamment les ventes de DVD et de licences. Au point de se demander s'il faut s'entêter: "au regard de la part déterminante de la vente de DVD dans le chiffre d’affaires (40% en 2012), à défaut d’un retour à une marge positive, il conviendra de se retirer de cette activité condamnée par les ventes en ligne". 

Des recrutements à tour de bras

Mais ce n'est pas tout. A son arrivée, Yann Chapellon a remercié l'essentiel de l'état-major existant, mais "certains départs ont donné lieu à des procédures prud’hommales", déplore le rapport, qui souligne que 21% de l’effectif comptait moins de trois ans d’ancienneté en 2012.

Mais cela est aussi dû aux nombreux recrutements. L'effectif a cru de près de +15% entre 2007 et 2012, ce qui est "substantiel à l’échelle de France Télévisions Distribution". Surtout, "l’augmentation des effectifs ne semble pas cohérente avec la baisse du chiffre d’affaires et le niveau d’activité". 

Un plan d'affaires non tenu

En arrivant, Yann Chapellon avait promis que la diversification rapporterait 130 millions d'euros de revenus en 2015, soit un niveau comparable à celui de la chaîne publique allemande ZDF. Puis il avait adopté un plan d'affaires très optimiste, tablant sur 69 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2015.

Las! Aucune de ces promesses n'ont été tenues. "Les hypothèses retenues dans le plan d'affaires n’ont pas été confirmées ni en 2011 ni en 2012", dit pudiquement la Cour des comptes. 

Résultat: la diversification "reste marginale" et "ne constitue pas véritablement une ressource significative". Concrètement, en 2012, France Télévisions Distribution a reversé seulement 5 millions d’euros à sa maison-mère, auxquels s'ajoutent 1,7 million d’euros d’achat d'espaces publicitaires. Des résultats très inférieurs à ceux des chaînes publiques allemandes ou britanniques. Ou à l'objectif fixé en 2008 par la commission Copé, qui tablait sur 40 millions d'euros de recettes de diversification...

Sans surprise, Delphine Ernotte espère faire mieux: "la valeur s'est déplacée sur les contenus qu'il faut réussir à monétiser d'avantage, avec des séries françaises, des co-productions, des divertissements. Il faut remonter la chaîne de valeur", a déclaré la nouvelle patronne lors de son arrivée. 

Les résultats de France Télévisions Distribution (en millions d'euros)

Chiffre d’affaires
2009 : 62,3 2010 : 47,4 2011 : 45,3 2012 : 36,2 2013 : 40 2014 : 43,5

Résultat d’exploitation
2009 : +3,6 2010 : -0,35 2011 : -1,3 2012 : +0,5 2013 : +0,1 2014 : +1,2

Résultat net
2009 : +2,1 2010 : -0,1 2011 : -1,1 2012 : +0,3 2013 : +0,01 2014 : +1,1

Source: FTD

Jamal Henni