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Livres en streaming: "Amazon est hors la loi mais pas les Français"

Hélène Mérillon, fondatrice et présidente de YouBoox, : "Ce n’est pas le prix de l’abonnement qui pose problème, mais la rémunération avec les éditeurs."

Hélène Mérillon, fondatrice et présidente de YouBoox, : "Ce n’est pas le prix de l’abonnement qui pose problème, mais la rémunération avec les éditeurs." - -

Les forfaits permettant de lire des livres en streaming sont-ils hors la loi en France ? Pour la fondatrice de Youboox, pionnier de ce service en France, le rapport Engel sur le sujet ne remet en cause que le modèle de vente mis en place par Amazon.

Le lancement en décembre dernier du service Kindle Unlimited a provoqué des réactions chez les éditeurs du monde entier, même aux Etats-Unis. La France est particulièrement sensible à tout ce qui touche le livre. Ce marché est régulé par loi sur le prix unique qui date de 1981 et remanié en 2011.

L’arrivée du service d’Amazon a incité le ministère de la Culture à saisir la médiatrice du livre, Laurence Engel, dès le 22 décembre, pour vérifier si les services de streaming sont en conformité avec la loi. Son avis clarifie les choses: "Ni l’abonnement dans son principe, ni évidemment le streaming ne sont interdits par la loi", mais "le prix de vente qui doit être fixé par l’éditeur s’applique aux offres et non aux livres".

Elle en conclut que si "tous les abonnements ne sont pas envisageables ; beaucoup le sont." En clair, Amazon va devoir revoir son modèle de rémunération des auteurs et des éditeurs. Pour cela, le groupe américain devra participer aux réunions de concertation avec les éditeurs et les autres services de streaming pour arriver à un accord dans trois mois. Et, pour Hélène Mérillon, fondatrice et PDG de YouBoox, c’est plutôt une bonne nouvelle.

BFM Business - Le rapport Engel vient de tomber et met hors la loi le streaming de livres. Que pensez-vous de cet avis ?

Hélène Morillon - Je me félicite de l’avis rendu par la médiatrice, d’autant que nous avons participé aux auditions. Mais je suis étonnée de lire depuis ce matin que le rapport nous est défavorable et que le streaming est hors la loi. C’est tout le contraire.

Mme Engel reconnaît que l’abonnement de livres en streaming est parfaitement légal et qu’il est compatible avec la loi sur le prix unique du livre. Par contre, les modalités de fixation des prix avec les éditeurs et les auteurs doivent faire l’objet de discussions. Ce ne sera pas simple. Mais, en aucun cas, ça remet en cause notre modèle. Contrairement à ce qui se dit, nous ne sommes pas hors la loi.

Allez-vous continuer à proposer votre offre d’abonnement dans les mêmes conditions qu’actuellement ?

H.M. - Évidemment puisqu’elle est légale. Mais il faudra fixer les prix avec les éditeurs, car, dans un modèle comme le nôtre, les modèles multi éditeurs peuvent poser quelques problèmes. Chacun peut avoir son propre modèle et peut ne pas vouloir la même rémunération qu’un autre. Mais je suis sereine. Nous allons trouver des ajustements.

Vous pensez que le tarif d’abonnement pourra rester à 10 euros par mois ?

H.M. - Pourquoi ce ne serait pas possible ? 10 euros, c’est le bon prix. C’est même devenu une norme pour les biens culturels en streaming. Chez Youboox, il nous permet de rémunérer auteurs et éditeurs. Ce n’est pas le prix de l’abonnement qui pose problème, mais la rémunération avec les éditeurs. Il faut qu’ils fixent leur offre et nous adapterons la nôtre.

En fait, seul Amazon semble pénalisé par le rapport Engel ?

H.M. - Je ne vais pas m’exprimer pour eux, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils devront faire parti de la concertation pour développer ce nouveau modèle. Pour le moment, ils n’ont pas réussi à trouver un accord convenable avec les maisons d’édition. C’est ce qui explique que leur offre en livres francophones ne se compose que de 20.000 ouvrages en auto-édition.

Et vous ?

H.M. - Nous n’avons pas le même modèle. Nous avons créé cette offre en 2012 et aujourd’hui, nous avons 650.000 inscrits, dont plus de 10.000 abonnés payants. Quant à notre catalogue, il se compose d’environ 100.000 titres francophones édités par 220 éditeurs. Et nous ne nous contentons pas de vendre des abonnements. Nous offrons aux éditeurs des services comme des informations sur les lecteurs qui se basent sur les données que nous récoltons. Rien à voir avec Amazon.

Selon vous, Amazon va devoir changer de modèle économique ?

H.M. - Ils devront en tout cas modifier leurs règles de rémunération. Il ne s’agit pas de les bannir, mais d’établir ensemble des règles communes qui ne désavantagent personne. Ils devraient faire parti du processus de concertation qui servira à créer ce nouveau modèle. Mais il semble clair qu’ils devront adapter leur modèle et créer un nouveau mécanisme.

Donc pour vous, ce rapport est une bonne chose ?

H.M. - C’est indiscutable puisque notre offre est conforme aux propositions de Mme Engel. Et, s’il y a des ajustements à faire, l’ensemble des acteurs de ce secteurs devront les appliquer. La concurrence sera ainsi plus équilibrée.

Propos recueillis par Pascal Samama