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"Les publicités condamnées à être tournées à l'étranger"

Le SPFP a déposé un recours contre l'application à toute la branche de la convention collective du cinéma

Le SPFP a déposé un recours contre l'application à toute la branche de la convention collective du cinéma - AFP

Julien Pasquier et Arno Moria, président et vice-président de l'Association des producteurs de films publicitaires, expliquent pourquoi ils contestent la nouvelle convention collective du cinéma.

BFM Business: quels salaires étaient pratiqués avant la convention collective?

Julien Pasquier et Arno Moria: vu la technicité des métiers, les salaires étaient déjà relativement élevés, supérieurs à ceux pratiqués dans le cinéma, et en tous cas bien au dessus du SMIC. 

Que change la nouvelle convention collective?

D'abord, la convention instaure un nombre de nouvelles obligations et dispositifs qui n'ont aucun sens pour un film publicitaire dont la durée de tournage est rarement supérieure à 3 jours.

Surtout, la convention s’est traduite par une forte hausse des salaires minimums, allant pour certains postes jusqu’à leur doublement, ce qu'aucune industrie ne peut encaisser de nos jours. En effet, cette convention impose aux films publicitaires une majoration de 50% des salaires minimums lorsque le contrat de travail est d'une durée inférieure à 5 jours, ce qui est très souvent le cas. Cette majoration est supérieure à celle appliquée au cinéma. 

Au final, la convention a du jour au lendemain détruit l'économie du film publicitaire en France.

Quelles conséquences cela peut-il avoir ?

Depuis que la convention est appliquée, il y a eu un bond des délocalisations de tournages à l’étranger. Son application nous fait sérieusement décrocher, même par rapport à des pays frontaliers comme l'Espagne ou la Belgique. En effet, nos commanditaires font en permanence des arbitrages qualité/coût entre les offres proposées dans des pays proches comme la Belgique, l'Espagne, le Portugal, ou la République Tchèque. Et il est relativement simple de rapidement d'y organiser un tournage.

Au final, nous craignons qu’on aboutisse à une délocalisation totale d’ici une dizaine d’années. D’autant qu’il n’y a aucune subvention ou allègement fiscal pour retenir ces tournages en France, contrairement au cinéma.

Bref, cette convention octroie des conditions de travail et des salaires très généreux à des gens qui à terme ne ne vont plus travailler du tout… C’est d’autant plus dramatique que la publicité met le pied à l’étrier à beaucoup de réalisateur débutants. Michel Gondry, Michel Hazanavicius, Nakache & Toledano… ont tous démarré dans la publicité. Cette école de formation risque de disparaître. 

Votre point de vue a-t-il été pris en compte lors des négociations?

A aucun moment. Nous ne sommes pas signataires de la convention, qui nous a été imposée manu militari. Certes, la négociation d'un avenant était prévue pour tenir compte de la publicité, mais les réunions de travail sur ce point n’ont jamais abouti. Certains syndicats de salariés ont refusé toute négociation. Le rapport de force nous était doublement défavorable. D’abord, la publicité pèse peu par rapport au cinéma. Ensuite, une fois la convention signée, ceux qui la soutenaient n’avaient plus aucun intérêt à faire la moindre concession.

Si nous restons farouchement opposés à la convention actuelle, nous pensons néanmoins qu’une convention collective est nécessaire, pour donner un cadre légal à de nombreux points, notamment la durée du temps de travail.

Jamal Henni