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Les exploitants de salles de cinéma dans le collimateur des producteurs

Les salles de cinéma réalisent des marges de près de 40%

Les salles de cinéma réalisent des marges de près de 40% - Gaumont

Les producteurs indépendants réclament une "régulation" des salles de cinéma, dont ils pointent les marges très élevées.

Les salles de cinéma ne connaissent pas la crise, à en croire une récente étude de l'Insee. Selon elle, leur marge est passée de 27% à 37% entre 2005 et 2015, avec même une pointe à 41% en 2010-2011. Mieux: cette marge atteint 44% pour les multiplexes. Elle est même deux fois plus élevée pour les groupes (Gaumont Pathé, UGC, CGR...) que pour les salles indépendantes: 39% contre 20%.

Recettes de confiserie

L'explication est notamment la part croissante des recettes autres que la vente de tickets de cinéma, qui sont bien plus rentables. Ainsi, la vente de confiseries représente 190 millions d'euros par an, et les spots de publicité 60 millions d'euros. Or la marge sur la confiserie est de près de 30%, et de près de 100% sur les spots de pub, estimait un rapport sorti en 2016.

Au total, le chiffre d'affaires des exploitants s'élève à 1,45 milliard, en hausse de +44% depuis 2005, la moitié de cette hausse étant due à une augmentation des tarifs. Les recettes publicitaires ont notamment augmenté car les salles se sont mises à facturer les bandes annonces aux distributeurs de films. Les dépenses correspondantes ont plus que quadruplé depuis 2005 (cf. ci-dessous). Tant et si bien que le ministère de la Culture a dû mettre le holà, et publié un décret imposant aux salles de diffuser des bandes annonces gratuites "de façon significative".

Accord non respecté

Cette situation est dénoncée par les producteurs indépendants, réunis dans l'UPC (Union des producteurs de cinéma), qui ont profité du festival de Cannes pour lister leurs revendications. Pour son délégué général Frédéric Goldsmith, "il faut instaurer une vraie régulation de l'exploitation des films en salles. Certes, un accord a bien été signé en mai 2016 suite aux Assises du cinéma, mais des aspects clés de cet accord ne sont pas respectés. Cet accord prévoyait notamment qu'un contrat écrit soit signé entre le distributeur du film et l'exploitant de salles, mais cet contrat écrit reste rare, au profit d'un accord oral". 

Autre point de désaccord: "les exploitants de salles laissent les films français de moins en moins de temps à l'affiche. La majorité des films français sont retirés de l'affiche de ces salles dès la 3ème semaine, voire la 2ème. Le travail des salles dites de continuation -qui essayent de projeter nombre de films après leur sortie nationale- ne suffit pas. Résultat: le nombre moyen d'entrées par film français a baissé de 38% depuis 2004. Certes, les accords de mai 2016 avaient imposé que les films français et européens restent au minimum deux semaines à l'affiche dans les cinémas ayant plus de 6 salles. Mais les engagements pris individuellement ensuite notamment par Gaumont Pathé, UGC et MK2 n’ont pas respecté l'esprit de l'accord, en proposant un nombre de séances correspondant à seulement une semaine de programmation."

Forte natalité

Les exploitants de salles rétorquent qu'ils font tourner les films de plus en plus vite, car de plus en plus de films sont produits. Mais, pour Frédéric Goldsmith, "le niveau élevé de la production de films français n'est pas la cause principale de la forte rotation des films en salles. En effet, ce niveau élevé de production est surtout dû aux films avec un budget de moins d'un million d'euros, dont le nombre est passé de 20 à 48 entre 2004 et 2017. Or ces petits films français sortent dans un nombre limité de salles. Ce ne sont pas ces films qui occupent les écrans mais entre autres beaucoup de blockbusters américains".

Le taux de marge des multiplexes (en %)

2005: 36,2
2006: 39,0
2007: 38,5
2008: nc
2009 43
2010: 44,5
2011: 44,1
2012: 41
2013: 39,8
2014: 44,3
2015: 43,8

Source: Insee

Les investissements publicitaires de promotion des films en salles (chiffres bruts)

2006: 51,4
2007: 45,2
2008: 48,7
2009: 49,6
2010: 45,6
2011: 89,7
2012: 88,5
2013: 142,5
2014: 173,5
2015: 173,6
2016: 208,8
2017: 217,5

Source: Kantar

Le taux de marge des salles (en %)

2005: 26,6
2006: 30,6
2007: 30,4
2008: nc
2009: 37,1
2010: 38,7
2011: 38,7
2012: 34,8
2013: 32,6
2014: 38,7
2015: 37,1

Source: Insee

Jamal Henni à Cannes