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Les 14 meilleures phrases choc de Vincent Bolloré

Hormis l'assemblée générale de Vivendi, Vincent Bolloré s'exprime rarement

Hormis l'assemblée générale de Vivendi, Vincent Bolloré s'exprime rarement - AFP Eric Piermont

Depuis son arrivée à la tête de Vivendi, l'industriel breton a multiplié les déclarations à l'emporte pièce. Mais elles ont rarement été suivies d'effet...

Jeudi 19 avril se tient l'assemblée générale de Vivendi. Le moment le plus attendu sera la prise de parole du président du conseil de surveillance Vincent Bolloré. Car l'homme s'exprime peu. Mais quand il parle, il affectionne les déclarations fortes qui marquent les esprits. Petit florilège, depuis qu'il est arrivé chez Vivendi.

1-les abonnés à Canal Plus

"Vous allez être surpris par la remontée du nombre d'abonnés à Canal", assure Vincent Bolloré au Sénat le 22 juin 2016.
Depuis cette déclaration, le nombre d'abonnés à Canal Plus en métropole n'est pas remonté, mais a encore chuté d'un demi-million, tombant de 5,45 à 4,95 millions (CanalSat inclus). Toutefois, CanalSat a lancé à l'automne 2016 des bouquets low cost vendus quelques euros, qui ont conquis 3 millions de clients.

2-les audiences de Canal Plus

"Cela fait deux ans que l'audience s’érode un peu, et les émissions coûtent à peu près trois fois plus cher que la concurrence, et la concurrence nous bat", assure Vincent Bolloré le 3 juillet 2015 sur Europe1.

En 2015 et 2017, l'audience globale de Canal Plus (en clair et en crypté confondus) a été divisée par plus de deux, tombant de 2,6% à 1,2%. L'audience de la tranche en clair du soir s'est effondrée encore plus, tombant de 5% à 0,6%.

Mais désormais, Vincent Bolloré accorderait moins d'importance aux audiences: "je me fous des recettes et des audiences. Ce que je veux, c'est que l'abonné en ait pour son argent", aurait-il déclaré selon les Inrocks.

3-le clair, vitrine de Canal Plus

"Il ne faut pas fermer tout le clair, car il faut que les gens puissent voir un peu ce qu'on peut trouver sur Canal. Il faut qu'on ait envie de s'abonner à Canal", assure Vincent Bolloré le 8 octobre 2015 sur RTL.. 

Après une saison où les audiences du clair sont catastrophiques, changement de discours: "Il n'y a pas une seule chaîne payante au monde qui ait des tranches en clair. Nous pouvons donc les réduire. Quand on ouvre une plage en clair, on perd des abonnés à long terme. Surtout quand on diffuse en clair des émissions qui auraient vocation à être réservées aux abonnés payants, ou quand elles n'ont rien à voir avec la programmation en crypté. La bonne méthode pour générer de l'abonnement, c'est au contraire de commencer à diffuser un match et de basculer en crypté", déclare-t-il le 17 mai 2016 dans les Echos.

"La vitrine du clair, c'est des blagues! Maxime Saada [directeur général de Canal Plus] n’a jamais réussi à montrer qu'une vitrine permet de conquérir des abonnés. Les gens ne vont pas continuer à payer longtemps leur abonnement quand ils voient leurs voisins non abonnés regarder les mêmes émissions", ajoute-t-il au Sénat le 22 juin 2016.

4-les investissements de Canal Plus

"Il est indispensable que nous réinvestissions dans le sport", promet Vincent Bolloré le 12 novembre 2015 aux salariés de Canal Pus réunis à l’Olympia. Surtout, il leur promet d’investir 2 milliards d’euros dans la chaîne cryptée.

Deux semaines plus tard, la chaîne cryptée se fait rafler les droits du football anglais par SFR (qui détient 49% de ce site web), qui pour cela met sur la table 120 millions d'euros par saison. En mai 2017, elle perd aussi la Ligue des champions, raflés là encore par SFR pour 315 millions d'euros par saison. 

Plus globalement, Canal Plus ne verra pas la couleur des l'argent promis. Les investissements ont continué à diminuer (cf. chiffres ci-dessous). Surtout, un plan d'économies de 300 millions d'euros annoncé le 25 août 2016. "Canal Plus est à la diète depuis neuf mois. Ce n’est pas agréable mais tout le monde s’y fait", explique Vincent Bolloré le 11 juin 2016 dans le Monde.

5-les plans de départs

"Je n'ai jamais fait de licenciement collectif. Cela ne m'est pas arrivé une seule fois. Je suis toujours parti avec la même idée: non pas essayer de réduire les coûts, mais au contraire investir et faire du développement. Je crois que le développement est la seule façon d'avancer", assure Vincent Bolloré au personnel d'iTélé le 25 septembre 2015, selon un verbatim retranscrit dans le livre Vincent tout puissant.
"Nous avons engagé zéro plan social chez Canal Plus", ajoute-t-il le 22 juin 2016 au Sénat.

En 2017, Canal Plus annonce la fermeture de son centre d'appels de Saint Denis (et donc le licenciement de ses 150 salariés), et un plan social pour celui de Rennes (portant sur 160 des 228 salariés).

6-la censure

"Je ne suis pas capable d’interdire, je ne sais pas comment faire, et je ne peux pas être dans tous les endroits du monde à faire ça. Je n’ai pas le pouvoir physique ou moral de demander à qui que ce soit de retirer quoique ce soit, je suis obligé de passer par la hiérarchie", assure Vincent Bolloré au Sénat le 22 juin 2016, interrogé sur la censure d'un documentaire sur le Crédit Mutuel.

Un discours différent avait été tenu par Vincent Bolloré le 25 septembre 2015 devant les journalistes d'iTélé: "j’ai juste eu un appel de Michel Lucas que je connais, comme je connais le président de la BNP, de la Générale, etc… me disant: 'il y a eu un reportage impartial à la sortie d’une pizzeria'. Je lui ai dit: 'mettez-vous en contact' et je l’ai mis en contact avec Rodolphe Belmer".

Plusieurs témoins ont assuré que Vincent Bolloré avait personnellement censuré le documentaire. "Vincent Bolloré a souhaité que ce document ne passe pas. Il a fait ce qu’il souhaitait faire. Il l’a déprogrammé", a déclaré Philippe Labro, proche collaborateur de Vincent Bolloré, dans le portrait de l'industriel breton diffusé le 7 avril 2016 par Complément d’enquête sur France 2.

Interrogée sur le sujet le 16 septembre 2015 par les délégués du personnel, la directrice des relations sociales Elodie Bouvet-Lustmann avait assumé: "la direction tient avant tout à défendre les intérêts du groupe Canal Plus, et estime qu’il est donc préférable d’éviter certaines attaques frontales ou polémiques à l’encontre de partenaires contractuels ou futurs", selon un procès verbal cité par Mediapart.

7-L'audience de C8

"D8 a vocation, comme l'indique son nom, à atteindre les 8% de part d'audience", assure Vincent Bolloré le 26 mai 2016, dans le Figaro.

Depuis cette déclaration, D8 a été rebaptisée C8, mais son audience n'a hélas pas progressé. Elle est restée stable en 2016 (à 3,5%), puis a légèrement baissé en 2017 (passant de 3,4% à 3,3%), puis a encore baissé depuis début 2018 (3,1%).

8-investir dans iTélé

"Je suis là pour investir. Je crois qu'il est stratégique pour un groupe comme Canal d'avoir une chaîne d'information... On doit pouvoir mettre quelques dizaines de millions d'euros dans iTélé... Sans doute pourrez vous repasser devant BFM TV. C'est à ça que je sers, à vous apporter des moyens pour que vous puissiez passer devant... Personne ne veut tout changer à iTélé. Je n'ai jamais cru au grand soir. Ne pensez pas que 200 personnes vont être remplacées par 200 personnes", assure Vincent Bolloré au personnel d'iTélé le 25 septembre 2015, selon un verbatim retranscrit dans le livre Vincent tout puissant.

Depuis cette déclaration, iTélé a été rebaptisée CNews. Entre 2015 et 2017, son audience est tombée de 1% à 0,6%. Une longue grève a eu lieu en 2016, à l'issue de laquelle 98 salariés (76 CDI, 9 CDD et 13 pigistes) sont partis, soit plus de la moitié de l'effectif (162 CDI). Depuis, 73 personnes ont été réembauchées, selon la direction. Mais, selon les syndicats cités par le site les Jours, ce chiffre a été gonflé par divers artifices, comme les embauches liées à l'émission l'Info du vrai, diffusée sur Canal Plus, et rediffusée sur CNews. Selon eux, il y aurait eu seulement une trentaine de réelles nouvelles embauches.

9-un retour à Hollywood

Lors de l'assemblée générale de Vivendi du 24 juin 2014, Vincent Bolloré promet un "développement de Canal Plus dans le monde anglo-saxon".

Canal Plus n'a rien acheté à Hollywood. Ses dirigeants ont bien proposé à Vincent Bolloré de racheter plusieurs producteurs indépendants, comme Lion's Gate ou Magnolia, mais l'industriel breton a refusé.

10-le rachat d'Havas

"Il n'y aura pas d'intégration d'Havas [dans Vivendi], sûrement pas", assure Vincent Bolloré aux Echos le 12 septembre 2013.

Vivendi a racheté Havas quatre ans plus tard.

11-les télécoms au Brésil

"Le conseil a décidé que GVT va rester dans le groupe", déclare Vincent Bolloré aux Echos le 12 septembre 2013.

L'opérateur téléphonique brésilien a été revendu un an après cette déclaration.

12-un Netflix européen

Vivendi et Mediaset lanceront "en fin d'année" 2016 un service de vidéo-la-demande par abonnement, promet Vincent Bolloré dans le Monde du 10 juin 2016.

Deux ans après, le service n'a toujours pas été lancé. Au contraire, Vivendi a fermé son service de vidéo-à-la-demande allemand fin 2016. Surtout, l'alliance avec Mediaset a définitivement volé en éclats, l'italien préférant s'allier à News Corp.

13-Dailymotion

"Dailymotion peut prendre de la valeur, et devenir un jour une affaire qui sécrète beaucoup d'argent", promet Vincent Bolloré juste après le rachat du site de vidéos, lors de l'assemblée générale de Vivendi le 17 avril 2015.

Entre 2015 et 2017, les pertes nettes de DailyMotion ont au contraire triplé, pour atteindre -75 millions d'euros, selon ses comptes sociaux.

14-un groupe intégré

"Transformer cette holding financière en groupe industriel intégré dans les contenus", promet Vincent Bolloré lors de l'assemblée générale de Vivendi du 24 juin 2014. "Nous sommes maintenant un groupe industriel intégré, et plus une holding financière", répète-t-il le 21 avril 2016 lors de l'assemblée générale de Vivendi.

Si Vincent Bolloré a bien développé les synergies entre les trois métiers de Vivendi (la télévision avec Canal Plus, la musique avec Universal, et la publicité avec Havas), il a surtout pris participations minoritaires tous azimuts, dont beaucoup hors de ces trois métiers: Telecom Italia, Telefonica, Ubisoft, Banijay Zodiak, Mediaset, la Fnac, Mars Film…

Les audiences des chaînes du Groupe Canal Plus (part d'audience en %, > 4 ans)

Canal Plus
2014: 2,6
2015: 2,6
2016: 1,7
2017: 1,2
1er trimestre 2018: 1,3

La tranche en clair 18h30-21h de Canal Plus
Saison 2014-2015: 5
Saison 2015-2016: 3,2
Saison 2016-2017: 0,6
Saison 2017-2018 (à date): 0,8

C8 (ex-D8)
2014: 3,3
2015: 3,4
2016: 3,4
2017: 3,3
1er trimestre 2018: 3,1

CStar (ex-D17)
2014: 1,2
2015: 1,2
2016: 1,2
2017: 1,2
1er trimestre 2018: 1

CNews (ex-ITélé)
2014: 0,9
2015: 1
2016: 0,9
2017: 0,6
1er trimestre 2018: 0,5

Source: Médiamétrie

Les investissements du Groupe Canal Plus (en millions d'euros)

2012: 497 dont contenus 257
2013: 431 dont contenus 203
2014: 407 dont contenus 217
2015: 372 dont contenus 191
2016: 348 dont contenus 198
2017: 457 dont contenus 306

Source: BFM Business

Jamal Henni