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Le nombre de films français atteint un niveau record

'Profs' a été le film français qui a attiré le plus de spectateurs en 2013

'Profs' a été le film français qui a attiré le plus de spectateurs en 2013 - -

Plus de 300 films français sont sortis en salles en 2013, soit un record historique. Cela n'a pas dopé les spectateurs de films hexagonaux, dont le nombre est en net recul.

2013 aura visiblement été l'année de la surchauffe pour le cinéma hexagonal. En effet, 341 films français (y compris ceux à financement français minoritaire) sont sortis en salles, selon CBO Box Office. Si l'on retire les festivals, etc., l'on arrive à 324 films. Interrogé sur ce chiffre, le CNC (Centre national du cinéma) répond que sa propre statistique n'est pas encore disponible, et sera publiée d'ici mai.

A ce jour, les statistiques du CNC sont disponibles pour les années 1975 à 2012 (cf. ci-contre). Elles montrent que jamais autant de films français n'étaient sortis en salles. Jusqu'à présent, le niveau le plus élevé avait été atteint en 2012, avec 296 films français (y compris minoritaires). L'année 2013 constitue donc apparemment un record historique.

Ce qui paraît logique. En effet, le nombre de films sortant en salles est corrélé au nombre de films produits. Or ce dernier a atteint lui aussi un record historique il y a deux ans.

Pas de corrélation avec les entrées

Hélas, cette surabondance n'a pas attiré le public. En 2013, les films français (y compris minoritaires) n'ont attiré que 64 millions de spectateurs, soit 33% des entrées totales. C'est le plus mauvais score depuis 2000.

Autrement dit, multiplier les films français ne multiplie pas automatiquement les spectateurs.

Ceci dément une fois de plus le discours officiel du CNC, qui répète qu'"un nombre de films nationaux élevé permet une part de marché élevée", et que "la performance des films français augmente".

Son ancien président Eric Garandeau assurait même il y a un an: "les Allemands produisent un tiers de films en moins et leur part de marché est deux fois inférieure à celle de la France, à 20%".

80% à 90% de mortalité

Mais René Bonnell tient un discours différent dans son rapport paru mercredi dernier. "La majorité des oeuvres sortent sans écho médiatique suffisant, ou budget de promotion adéquat. Les deux tiers des films français n’atteignent pas 100.000 entrées. Et 47% des films totalisent moins de 20.000 entrées. Le nombre d’échecs en salles est dix fois plus important que celui des succès. Le taux de mortalité commerciale des films (films à la carrière brève) est, selon les semaines, de l’ordre de 80 à 90%", déplore l'ancien patron du cinéma de Canal Plus.

Résultat: "quand il s'agit de premiers films, la perspective d'en réaliser un second s'en trouve éloignée. Pas étonnant que le nombre de seconds films soit en moyenne égal à la moitié de celui des premiers".

"Sort funeste" et "mort rapide"

René Bonnell s'interroge donc: "à quoi bon encourager [le cinéma] pour que les quatre-cinquièmes de la production ainsi stimulée connaissent un sort funeste en salles?"

Face à cela, René Bonnell propose que certains petits budgets sortent directement en vidéo comme aux Etats-Unis, au lieu d'"aller chercher une mort commerciale rapide en salles, suivie d’un oubli définitif". Selon lui, "il serait temps de considérer que diffuser un film sur un écran HD de télévision peut équivaloir en qualité à la projection dans certaines salles, où ne viendra qu’une poignée de spectateurs".

Mais le syndicat des producteurs indépendants (SPI) ne veut pas entendre parler de cette solution.

Jamal Henni