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Le film le moins cher de l'année n'a pas pu sortir en salles

Ce film de science fiction français, n'ayant pas trouvé de distributeur en salles, sort finalement en DVD

Ce film de science fiction français, n'ayant pas trouvé de distributeur en salles, sort finalement en DVD - DC Medias

Près de 200 films français sont sortis en salles en 2014, faisant pour la plupart quelques dizaines de milliers d'entrées chacun. Mais d'autres n'ont même pas pu sortir en salles, comme Dead Shadows, premier film de David Cholewa. Explications.

BFM Business: quel était le budget de Dead Shadows?

David Cholewa: le budget total a été de 187.000 euros, dont environ les deux tiers pour le tournage, et un tiers pour la post production.

Cet argent a été apporté par ma société de production DC Medias; le co-producteur Section 5; des investisseurs privés (banquiers, traders, amis...); et enfin les pré-ventes du film auprès de distributeurs voulant sortir le film à l'étranger.

En pratique, nous avons prévendu le film à ces distributeurs à trois étapes successives de sa fabrication: d'abord uniquement avec l'affiche; puis ensuite à partir d'un teaser avant le tournage; et enfin après le tournage en se basant sur une version provisoire qui a été présentée au marché du film de Cannes de 2012. Cette projection a eu beaucoup de succès auprès des distributeurs asiatiques, qui ont tous voulu acheter le film. C'est l'argent tiré de la vente des droits au Japon (50.000 dollars) qui a financé la post-production.

BFM Business: avez-vous bénéficié d'aides publiques?

David Cholewa: Aucunement. Nous étions parfaitement conscients qu'un film de science-fiction de ce type ne recevrait pas un euro de la part du CNC (Centre national du cinéma) ou des régions. Le film n'a pas non plus touché un euro des chaînes de télévision françaises, qui ne s'intéressent qu'aux films qui sortent en salles.

BFM Business: le film est-il sorti en salles?

David Cholewa: oui, au Japon ou en Grèce, mais pas en France, où il n'a pas trouvé de distributeur pour une sortie en salles. Les distributeurs, les producteurs et les chaînes de TV pensent qu'il n'y a pas de public pour les films de genre (horreur, science-fiction...), et que seuls marchent les comédies ou les drames. Un récent exemple est le film d'horreur Aux yeux des vivants, qui a eu du mal à trouver des écrans pour finalement ne sortir que dans une dizaine de salles, soit moins que prévu. En conséquence, on ne produit quasiment plus de films de genre en France, et les grands réalisateurs français comme Alexandre Aja ou Xavier Gens s'exilent aux Etats-Unis.

BFM Business: quel bilan financier tirez-vous?

David Cholewa: à ce jour, les ventes du film ont rapporté 115.000 euros environ, donc n'ont pas encore couvert le budget. Mais nous espérons y arriver bientôt, grâce aux recettes à venir, notamment celle de la sortie DVD en France en avril prochain, assurée par Rimini et Zylo.

Jamal Henni