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Le deal incroyable que Luc Besson a signé avec Audi

Aux États-Unis, quand Audi voulait figurer cinq minutes dans un film, la marque devait distribuer 12 millions de dollars. Avec Luc Besson, c'est un millions d'euros, plus des voitures.

Aux États-Unis, quand Audi voulait figurer cinq minutes dans un film, la marque devait distribuer 12 millions de dollars. Avec Luc Besson, c'est un millions d'euros, plus des voitures. - Europacorp

Pour avoir des modèles du constructeur dans tous ses films, Luc Besson a fait à Audi une offre qu’elle ne pouvait pas refuser. Depuis, dans tous les films du réalisateur, les voitures allemandes sont devenues l’un des principaux personnages, du Transporter à Taken.

C’est un choc des cultures. D’un côté, Luc Besson, réalisateur producteur, de l’autre le patron d’Audi France. L’objet de la rencontre: convaincre le constructeur allemand de financer des films et de fournir des voitures haut de gamme pour les tournages.

Le rendez-vous, raconté dans Luc Besson, l’homme qui voulait être aimé, une biographie signée Geoffrey Le Guilcher (Flammarion), se déroule en 2004. Jérôme Lateur, un proche de Besson, et Jean-Luc Bravi, coprésident du groupe DDB Paris, sont également présents.

"Monsieur, qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ?"

Avant même de discuter business, Luc Besson veut détendre l’atmosphère en racontant qu’il possède des Audi, une A8 W12 et un SUV Q7 et celle dont il rêve, une RS6. "Elles sont tellement volées que je suis resté sur ma W12", explique-t-il au vendeur de voitures allemandes qui lui répond: "Monsieur, qu’est-ce qu’on peut faire ensemble ?"

Besson ne se laisse pas intimider. Il tourne Taxi 3 et lance "Si vous voulez, je vous mets une Audi". Réponse du publicitaire Jean-Luc Bravi: "Pas Taxi, monsieur Besson, cela ne colle pas avec l’image de notre marque." Réplique de Besson: "Je sais, mais il y a une séquence haut de gamme de 3 minutes devant un hôtel. Si vous voulez, je gare une Audi TT devant, c’est cadeau."

En fait de cadeau, cette offre improbable n’est qu’un hors d’œuvre pour parler du prochain opus Transporter, le film d’action qui met en scène Jason Statham. Et Luc Besson a un autre argument que de faire de la figuration dans Taxi. "On est actuellement en deal avec BMW, mais ils n’ont pas été très gentils avec nous, si vous voulez prendre la place pour les suivants…"

Il n’en faudra pas plus pour inciter Audi à signer un contrat inédit. Elle accepte de verser un million d’euros chaque année pendant trois ans. Sur chaque tournage du Transporter, elle fournit aussi entre 15 et 20 voitures à rendre "sans éraflures". Et pour finir, elle offre pour 250.000 euros de voitures. En échange de ce cadeau, le réalisateur s’engage à proposer trois scénarios par an.

Douze fois moins cher qu'un contrat américain

Mais pourquoi cette marque emblématique a accepté si vite cet accord? Une ancienne collaboratrice de Luc Besson qui travaillait dans les partenariats explique: "Aux États-Unis, quand Audi voulait figurer cinq minutes dans un film, la marque devait distribuer 12 millions de dollars…" Dans Transporter, le groupe apparaît 40 minutes. "C’est carrément un personnage du film", estime l'auteur de la biographie Geoffrey Le Guilcher.

Mais Audi n’est pas le seul gagnant de l’opération. Face à ce "deal", le groupe allemand a proposé à Jérôme Lateur de créer une entreprise pour "lui refiler en exclusivité leur stratégie mondiale pour le cinéma".

Quant à BMW, c’est le grand perdant du contrat puisque l’affaire a été conçue à partir d’une de ses campagnes de publicité. Au final, cette campagne a profité à Audi.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco