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Le budget de la culture a-t-il vraiment augmenté sous François Hollande?

Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin, les deux premières ministres de la Culture du quiquennat

Aurélie Filippetti et Fleur Pellerin, les deux premières ministres de la Culture du quiquennat - BFM Business

François Hollande, lors de la campagne de 2012, avait promis de "sanctuariser" le budget de la Culture, mais l'a baissé drastiquement lors des premières années du quinquennat.

Le 28 septembre, la ministre de la Culture Audrey Azoulay présentait avec lyrisme son budget pour 2017: "c'est un budget historique. Il est hausse de +5,5% [par rapport au budget 2016], une des plus fortes que le ministère ait jamais connues. Il s'élève à 3,6 milliards d’euros, un niveau d’engagement financier jamais atteint. Cette hausse est nette, sans mesures de périmètre, sans tour d’adresse d’aucune sorte".

Problème: tout le budget 2017 a été construit sur une hypothèse de croissance de +1,5%, un chiffre jugé "optimiste" par le Haut conseil des finances publiques. Si la croissance n'atteint pas cette prévision, alors tous les ministères devront geler courant 2017 une partie des crédits prévus...

Promesse tenue?

Mais cet optimisme permet d'afficher une hausse du budget de la Culture de +1,7% par rapport à 2012, et donc de montrer que l'Etat a plus dépensé pour la culture durant le quinquennat. François Hollande aurait donc ainsi tenu la promesse faite durant la campagne présidentielle: "le budget de la Culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat", avait-il déclaré à Nantes en janvier 2012.

En réalité, la hausse de 2017 vient compenser in extremis plusieurs années de forte baisse. Ainsi, si l'on compare 2012 et 2016, on ne trouve plus aucune hausse, mais une baisse de -3,6% (hors audiovisuel).

En mai 2015, Manuel Valls (qui aime à rappeler que son épouse, la violoniste Anne Gravoin, est "une intermittente du spectacle") avait même fait un mea culpa sur le sujet: "cela a été une erreur au cours des deux premières années du quinquennat de François Hollande de baisser le budget de la Culture".

La première ministre de la Culture du quinquennat, Aurélie Filippetti, avait alors réagi: "Il n'est jamais trop tard pour reconnaître ses erreurs. Je me suis battue pendant deux ans pour essayer d'expliquer que cette baisse allait avoir des conséquences néfastes pour notre pays. Or je n'ai pas du tout été écoutée par Jean-Marc Ayrault ni par François Hollande à l'époque puisque le budget de la Culture a baissé de 6% sur les deux premières années, ce qui était du jamais vu, même sous la droite. J’ai fini par obtenir en juin 2014 que le budget pour les trois années suivantes soit stabilisé. Néanmoins, la baisse subie les deux premières années n’est pas compensée".

Une présentation enjolivée

La hausse de 1,7% des crédits du ministère de la Culture entre 2012 et 2017 cache des disparités. Seuls ont augmenté l'audiovisuel public (+1,7%) et le programme "transmission des savoirs & démocratisation de la culture" (+16%). Mais, dans cette dernière hausse, un tiers est due aux dépenses de personnel du ministère, et un autre tiers à la création d'un fonds pour les intermittents du spectacle en 2017. Sans cela, la hausse est de seulement +6,3%.

Les crédits accordés au livre ont stagné (+0,7%). Tous les autres crédits ont reculé: -1,3% pour la création, -3,6% pour la recherche culturelle, -2,7% pour la presse, et -8,5% pour le patrimoine.

Toutefois, le dossier de presse du ministère affiche pour le patrimoine une hausse factice de +4,4% sur le quinquennat, grâce à une astuce de présentation, relevée notamment par Nathalie Kiosciusko-Morizet dans une tribune. En effet, le dossier de presse ne tient pas compte du changement opéré dans le financement de l'archéologie préventive (Institut national de recherches archéologiques préventives, Fonds national pour l'archéologie préventive), soit 119 millions d'euros en 2017. Jusqu'en 2015, ce financement provenait d'une redevance. Mais depuis 2016, cette redevance est versée au budget général, et le financement est assuré par le ministère de la Culture lui même.

Jamal Henni