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La perte du foot "n'est pas un échec", assure le patron de Canal Plus

Canal Plus n'aura plus de matche de ligue 1 à diffuser à partir de 2020

Canal Plus n'aura plus de matche de ligue 1 à diffuser à partir de 2020 - AFP Joel Saget

Pour Maxime Saada, la stratégie de la chaîne cryptée lors de l'appel d'offre de la Ligue 1 de football a permis d'assurer "sa survie".

Fin mai, les droits télévisés de la ligue 1 de football ont été raflés par l'espagnol Mediapro, au détriment de Canal Plus, qui se retrouve sans aucun match à diffuser à compter de 2020. 

Lors de l'appel d'offres, la stratégie de la chaîne cryptée a été étrange. Sur le premier lot, elle a misé 260 millions d'euros, soit moins que ce qu'elle paye actuellement. Sur les lots 2 et 3, elle a ensuite misé une somme symbolique (10 millions d'euros), peut être afin que le prix de réserve minimal ne soit pas atteint, et donc que l'appel d'offres soit déclaré infructueux.

"C'est un succès"

Mercredi 27 mai, le patron de Canal Plus Maxime Saada a une nouvelle fois défendu cette stratégie:

"Nous avons fait le choix de la survie. Je ne considère pas que c'est un échec, je considère que c'est un succès. L'échec aurait été de dépenser un montant inconsidéré et de conduire la totalité du groupe Canal Plus à la faillite, de mettre en péril l'ensemble des résultats générés par le groupe, pour un droit dont nous estimons parfaitement la valeur, puisque nous en bénéficions depuis 1984. Si quelqu'un sait combien ça vaut, combien on peut faire payer les gens, ce ne sont pas les rapports du Boston Consulting Group, de la LFP, c'est Canal Plus. Investir plus et mettre ce qu'a mis Mediapro, c'était la mort immédiate ou quasi-immédiate du groupe Canal Plus.  Je ne vois pas le modèle économique de Médiapro. Cet investissement ne me parait pas raisonnable. Je ne vois pas comment rentabiliser cet investissement sans avoir avec soi tous les distributeurs dont Canal Plus, donc nous avons un atout. J'ai vu TPS mourir de ça -700 millions de pertes. J'ai vu Orange rentrer en grande fanfare sur les contenus pour en sortir trois ans après, après avoir perdu 500 millions. J'ai vu BeIN Sports avec une perte supérieure sans doute à 1,5 milliard. J'ai vu SFR investir de l'ordre du milliard dans les contenus, puis refocaliser maintenant ses ambitions sur les télécoms". 

Fusionner deux malades?

Toutefois, le président du directoire, auditionné par le Sénat, a admis que la perte du droit du foot était un "séisme". Il a ajouté "être en train d'examiner toutes les options [de recours]. Il y a beaucoup de choses contestables dans la façon dont cela s'est passé. On mise sans vraiment savoir ce qu'on achète... On a des mécaniques abusives avec un acteur qui est par définition monopolistique... On aboutit à la cession de la totalité des droits à des acteurs pas franchement domestiques, ce qui repose la question de la souveraineté".

Interrogé sur un rapprochement avec son rival BeIn Sports, il a répondu: "c'est possible, mais sans doute trop tard. Nous avons été affaiblis, mais BeIn aussi. Est-ce que c'est en fusionnant deux malades [qu'on guérira]? Je ne sais pas...". 

Les gendarmes de la concurrence et de l'audiovisuel accusés

Maxime Saada a mis ses déboires sur le dos de moult bouc émissaires. D'abord, le gendarme de la concurrence, qui avait interdit à son service de video-à-la-demande CanalPlay de diffuser des programmes en exclusivité. Résultat: "On nous a tué CanalPlay. CanalpPlay avait 800.000 abonnés, était le leader en France, mais n'avait pas le droit de proposer d'exclusivités. CanalPlay est passé à 200.000 abonnés, ça s'est terminé en deux ans. Nous avons été rayés de la carte en deux ans sur ce marché qui est en train de se substituer à la télévision..."

Autre bouc émissaire: le gendarme de l'audiovisuel. "Le CSA nous a pénalisé quasi-systématiquement. On l'a mérité parfois -je pense à Cyril Hanouna. Mais on a été pénalisés pour 18 millions d'euros pour des blagues à l'antenne! Dans une des sanctions, le rapporteur [auprès du CSA] avait préconisé 50.000 euros d'amende. Finalement, le CSA a adopté une mesure [de suspension de la publicité] qui nous a coûté une dizaine de millions d'euros!" 

Par ailleurs, Maxime Saada a laissé entendre qu'il redemanderait à bénéficier d'une fréquence en TNT à l'expiration en 2020 de sa fréquence terrestre actuelle: "cette fréquence TNT, c'est plus de 600.000 abonnés, c'est un élément structurant de l'économie de Canal Plus". 

Jamal Henni