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L’incroyable histoire de la marque "Allez les bleus"

Les supporters des équipes de France pourront acheter les produits "Allez les bleus" au bénéfice du sport français.

Les supporters des équipes de France pourront acheter les produits "Allez les bleus" au bénéfice du sport français. - Miguel Medina - AFP

Le Comité national olympique a finalement récupéré la licence du célèbre slogan, au terme d’un marathon judiciaire. Depuis 17 ans, celle-ci était en effet détenue par un particulier opportuniste. Mais l’histoire trouve son origine dans…la Formule 1. Explications

Même les slogans les plus anodins ont une valeur. Les fédérations sportives l’ont appris à leurs dépens, puisqu’elles viennent de récupérer la marque "Allez les bleus"…17 ans après se l’être fait soufflée par un particulier opportuniste.

L’histoire remonte en fait à 1977 quand la Seita, propriétaire des cigarettes Gitanes, se lance dans la Formule 1. L’écurie française Ligier se pare alors du bleu de son nouveau sponsor. Or son principal adversaire se nomme McLaren, dont les bolides rouges et blancs portent les couleurs de Marlboro. Mêlant esprit patriotique et marketing, la Seita décide donc de s’approprier le slogan "Allez les bleus" et le dépose auprès de l’Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi). La licence, accordée pour 10 ans, est renouvelée une fois par le cigarettier. Mais il l’abandonne en 1997, la loi Evin (qui interdit la publicité pour le tabac) étant passée par là.

La FFF lance la première attaque

C’est là qu’intervient David B.*, un particulier de la région lyonnaise. Flairant le bon coup à quelques mois de la Coupe du monde de football en France, il dépose à son tour la marque auprès de l’Inpi. Désormais, tous les produits estampillés "Allez les bleus" (écharpes, ballons, sacs, etc.) doivent faire l’objet d’un consentement de sa part, moyennant rémunération.

Ses clients s’appellent Carrefour, Auchan et consorts. Et les contrats peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros, comme celui passé avec un distributeur de ballons de rugby lors de la coupe du monde en 2007.

En 2001, la Fédération française de football, désireuse de récupérer le filon, l’attaque en justice. Cette dernière est pourtant déboutée par le tribunal de grande instance de Paris, une décision confirmée en appel puis en cassation.

"Ce monsieur n'avait rien à voir avec le sport"

Mais la puissante FFF ne compte pas en rester là. En 2009, le Comité national olympique et sportif français (qui représente les fédérations auprès des pouvoirs publics) lance une nouvelle procédure contre David B., cette fois-ci victorieuse. "Ce monsieur n’avait rien à voir avec le sport. Il avait subtilisé le slogan des supporters", se félicite ainsi Fabienne Fajgenbaum, l’avocate du CNOSF.

David B., lui, se défend de s’être "enrichi". A travers la société éponyme qu’il a créée, le slogan "Allez les bleus" lui aura permis, selon lui, "de vivre confortablement, avec un salaire de cadre moyen". "Les gens de la FFF ne toléraient pas que mes produits concurrencent les leurs. C’était le pot de fer contre le pot de terre", se défend-il.

L’histoire aura finalement duré 17 ans. Et les revenus issus de la marque "Allez les bleus" seront désormais versés aux fédérations. Reste à savoir comment sera utilisé cette manne, avant d’évoquer un réel "happy end".

*Le prénom a été changé

Yann Duvert