BFM Business

L'histoire mouvementée des salles de cinéma de Luc Besson

Le multiplex d'Aéroville contient 12 salles équipées de 2.400 fauteuils

Le multiplex d'Aéroville contient 12 salles équipées de 2.400 fauteuils - BFM Business

Le producteur-réalisateur s'était lancé dans l'exploitation de salles de cinéma en 2005. Onze ans et beaucoup d'ennuis plus tard, il jette l'éponge.

Luc Besson abandonne l'exploitation de salles de cinéma. Son studio EuropaCorp a annoncé vendredi 16 décembre avoir finalisé la cession de cette activité aux cinémas Gaumont Pathé. Le montant de la vente s'élève à 21 millions d'euros.

Un prix d'ami

Ainsi prend fin une aventure qui avait démarré en 2005 à Marseille. EuropaCorp remporte alors un appel d'offres lancé par l'établissement public EuroMéditerranée pour construire un multiplexe. Il s'associe avec la Foncière des Régions et Prédica (filiale du Crédit Agricole), et rachète un terrain de 11.000 mètres carrés. Le prix de cession (300.000 euros) est "modique" et "très avantageux", dira plus tard la Chambre régionale des comptes, pour qui cela "constitue un avantage consenti à EuropaCorp". Elle chiffre "la perte de recettes" pour l'établissement public à environ 3 millions d'euros, en se basant sur le prix de cession moyen pour des activités commerciales. 

À l'époque, l'ouverture est prévue pour 2011. Mais elle n'a toujours pas eu lieu à ce jour en raison de multiples problèmes. D'abord, l'autorisation accordée par la Commission départementale d'équipement commercial (CDEC) en 2008 est annulée en 2012 pour vice de forme par des concurrents locaux, Pradex et Bastille Saint Antoine. Une nouvelle décision, adoptée en 2014, est elle aussi contestée, mais cette fois en vain.

Ensuite, plusieurs partenaires sont évoqués successivement. La Cogedim est citée comme promoteur immobilier jusqu'en 2009. Depuis 2012, une participation de la Caisse des dépôts au tour de table est évoquée.

Un plan de 8 à 10 multiplexes

Finalement, les travaux devraient enfin commencer début 2017. Mais, entre temps, ce premier projet a donné des idées à Luc Besson. Certes, la construction de salles de cinéma coûte cher: le budget de celles de Marseille s'élève à 17 millions d'euros. Mais l'exploitation de salles permet d'engranger des revenus réguliers, alors que ceux de la production de films sont très volatils.

Un plan pour construire 8 à 10 multiplexes d'ici 2020 est donc adopté. Mais finalement, un seul autre sortira de terre. Situé dans le centre commercial d'Aéroville, près de Roissy, il représente un investissement de 12 millions d'euros.

Infiltrations dans le toit

Las! Là encore, les problèmes vont se multiplier. Dans un premier temps, EuropaCorp retient, pour Aéroville comme Marseille, l'architecte argentin Marcelo Joulia et son cabinet Naço, spécialisé dans l'architecture et la décoration intérieure des salles de cinéma. Mais en avril 2013, à six mois de l'ouverture d'Aéroville, des divergences apparaissent: EuropaCorp saisit l'ordre des architectes, puis résilie le contrat avec Naço.

EuropaCorp est mécontent de son assistant à la maîtrise d'ouvrage à Aéroville, qui a conduit à un dépassement de 2,6 millions d'euros. En juin 2013, le studio de Luc Besson en recrute un autre, Philippe Beauvalot, qui rattrape une partie de ce surcoût, en économisant 1,5 million d'euros. Mais le contrat avec Philippe Beauvalot est résilié à peine six mois plus tard. Justification d'EuropaCorp: "Des infiltrations de toiture ont entraîné des retards préjudiciables à l'ouverture, et ont empêché la réception du chantier". Le coût de la réparation du toit est chiffré entre 0,5 et 1,1 million d'euros.

Procès dans tous les sens

Entre temps, le multiplexe d'Aéroville est inauguré en grande pompe le 16 octobre 2013. Mais en réalité, il reste fermé au public, dans l'attente du feu vert de la commission de sécurité, qui est finalement accordé le 15 novembre 2013. 

Comme souvent dans le BTP, tout ceci se termine au tribunal. Naço a porté plainte sans grand succès contre EuropaCorp devant le tribunal de commerce et le tribunal de grande instance, mais a fait appel. Puis EuropaCorp a attaqué le nouvel architecte, Christian Marina, devant le tribunal de commerce. De son côté, Beauvalot a attaqué EuropaCorp devant le tribunal de commerce, qui lui accorde 448.155 euros. Mais EuropaCorp a refusé de faire ce chèque, et Beauvalot a donc procédé à une "saisie attribution"...

Jamal Henni et Simon Tenenbaum