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Galeriste à domicile, un concept en vogue qui ne s’improvise pas

Jean-Baptiste Charpenay-Limon habite dans un logement où tout est à vendre.

Jean-Baptiste Charpenay-Limon habite dans un logement où tout est à vendre. - Chez moi Paris

"Des particuliers peuvent tout à fait transformer leur appartement en galerie d'art éphémère, mais être propriétaire des lieux n'est pas la seule condition."

Vivre entouré d’œuvres d’art n’est plus réservé aux fortunés collectionneurs. Dans le milieu des arts et de la décoration d’intérieur, des amateurs transforment désormais leur intérieur en galerie d’art. A l’image de Jean-Baptiste Charpenay-Limon, concepteur de "Chez moi, Paris", qui vit dans un logement où tout est à vendre. Ou de Nathalie Miltat, rencontrée par France 3, qui s’est entendu avec un commissaire d’exposition et lui laisse carte blanche pour des expositions dans son salon cinq fois par an.

Toujours en région parisienne, le collectif de créatifs From Paris proposait déjà en 2011 de devenir mécène le temps d’une soirée en organisant des expositions éphémères à domicile. Et la start-up Artzup propose de commander en ligne une exposition à domicile, pour un montant de 200 à 600 euros. 

Jusqu'à 20.000 euros la soirée

Comme pour le tournage d’un film, des particuliers passionnés louent donc parfois leur appartement ou leur maison le temps d’une exposition. À Paris, un grand appartement se loue généralement entre 2.000 et 10.000 euros la soirée, selon son emplacement et les caractéristiques du bien. Un appartement de 180m2 près de la place de la Concorde, avec vue sur la Tour Eiffel, s’est même loué 20.000 euros la soirée.

Mais attention, il ne suffit pas d’être passionné d’art pour se lancer. À partir du moment où le propriétaire d’un logement en fait un usage commercial, même ponctuellement, il devra respecter certaines procédures administratives. "Sauf à être salarié d’une galerie d’art et d’agir pour son compte, il faudra effectuer une déclaration d’activité auprès des services publics", prévient maître Steve Jakubowski, du cabinet Avocats Picovschi. Dès lors que la location est récurrente et qu’elle engendre au moins 50% de ses revenus annuels, le propriétaire devra se déclarer comme loueur de locaux professionnels au registre des sociétés. Dans le cas d’un logement en co-propriété, il conviendra de demander l’accord des co-propriétaires de l’immeuble et de vérifier que cette activité n’est pas interdite par le règlement intérieur.

Déclaration complémentaire

Les revenus doivent faire l’objet d’une déclaration complémentaire. "Les contribuables qui s’adonnent à cette activité doivent eux-mêmes se procurer la déclaration n°2042 C, sur laquelle est prévue un encart pour le fruit des revenus des loueurs meublés (professionnels ou non). Ce document sera joint à la déclaration n°2042 pré-remplie que tout contribuable reçoit d’office", précise maître Jakubowski. Quant au prix de location, "mieux vaut louer au prix du marché, pas au-dessous, sinon cela pourra être reproché par l’administration fiscale", prévient Steve Jakubowski.

Lors de l’événement, les règles de la vente à domicile devront être respectées. Il faudra donc veiller à afficher les caractéristiques de l’œuvre, son prix, sa date de livraison, l’identité de l’organisateur. Dans le cas d’une vente, il faut d’abord qu’un compromis de vente soit signé, aucun paiement ne peut être effectué avant un délai de sept jours, et l’acheteur bénéficie d’un délai de 14 jours pour se rétracter.

Responsable de la qualité

Par ailleurs, l’organisateur d’une vente est responsable de la qualité des œuvres proposées. "Si c’est un commissaire qui organise à domicile, il sera responsable, en revanche si c’est le particulier lui-même qui administre l'exposition, il sera tenu de s’assurer que les œuvres ne sont pas contrefaites", prévient maître Michel Dutilleul-Francoeur, avocat au sein du cabinet éponyme.

Pour organiser une exposition chez soi, mieux vaut donc déjà bien connaître le milieu et si besoin se rapprocher d’intervenant professionnels du milieu des arts pour se faire conseiller.

Adeline Raynal