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France Télévisions se prédit un sombre avenir

France Télévisions prédit des hurlements des syndicats, des producteurs, des élus locaux...

France Télévisions prédit des hurlements des syndicats, des producteurs, des élus locaux... - -

Le groupe public a envoyé aux parlementaires un argumentaire qui critique la réduction du budget décidée par le gouvernement.

On voit rarement une entreprise critiquer son actionnaire, surtout quand c'est l'Etat. Mais France Télévisions n'hésite plus. Rémy Pflimlin juge dangereuse la baisse drastique des subventions publiques prévue pour 2013. Le PDG l'a encore redit le 24 octobre au Sénat. Mais, parallèlement, les chaînes publiques ont envoyé aux parlementaires un argumentaire avec un langage encore moins diplomatique.

Dans cette note, France Télévisions rappelle d'abord qu'en 2009, le précédent gouvernement avait promis de compenser à l'euro près l'effet de la suppression de la publicité. "L’engagement que la compensation soit 'suffisante, pérenne et dynamique', n’a en pratique pas été respecté. Cette garantie de ressources visait simplement à octroyer à France Télévisions l’indépendance permise par l’affectation directe de la redevance".

Surtout, le groupe répond aux accusations de "gabegie" et de mauvaise gestion. "Un certain nombre de commentaires laissent entendre que l’entreprise dispose de la marge, du 'gras' en quelque sorte, qui lui permettrait d’absorber du jour au lendemain 200 à 300 millions d'euros, par de simples efforts de 'bonne gestion'. Mais affirmer que quelques efforts administratifs permettront de produire 200 ou 300 millions d’économies, c’est tout simplement faux. Personne aujourd’hui n’est d’ailleurs en mesure de le démontrer".

Ce qu'on ne peut pas couper

La note explique qu'il est quasi-impossible de réduire les dépenses du jour au lendemain. En effet, les fictions sont commandées "un à trois ans" à l'avance. Les émissions de plateau font l'objet de contrats "signés a minima pour l’ensemble de la saison". Enfin, les émissions produites en interne emploient "des effectifs très majoritairement permanents qui ne peuvent être sensiblement diminués à court terme". Quant aux autres dépenses (diffusion...), elles font l'objet de "contrats pluriannuels".

Conclusion: "les efforts de gestion ne sauraient constituer la solution miracle à une baisse de moyens massive et structurelle. Au regard de la brutalité de l’abattement de ressources dès 2013, la nature même des engagements ne permettra pas d’absorber un tel niveau d’ajustement à très court terme".

Ce qu'on peut couper

Ensuite, la note dresse un tableau apocalyptique de l'impact d'une baisse du budget: "par son ampleur et sa soudaineté, l’effort demandé emporterait des conséquences lourdes". L'une d'elle sera l'emploi: "l’ampleur de l’effort ne sera vraisemblablement pas sans conséquences sur le niveau des effectifs". Ce qui entraînera "une nouvelle déstabilisation pour les collaborateurs d’une entreprise déjà profondément désorientée par une succession de changements de cap." Toutefois, la note évite soigneusement de dire que l'effectif n'a cessé d'augmenter depuis l'arrivée de Rémy Pflimlin...

Mais France Télévisions prévient qu'il faut aussi s'attendre à des hurlements de la part des producteurs audiovisuels, des élus locaux, des fédérations sportives, etc: "on ne peut envisager un tel niveau d’arbitrage sans revisiter en profondeur la nature et le périmètre des missions. La discussion sur les missions, sur leur périmètre, sur le dimensionnement et l’implantation des réseaux, comme sur la création, sur le bouquet, ou sur le nombre des disciplines sportives couvertes, est incontournable".

L'impasse budgétaire

Conclusion: "l’idée selon laquelle une réduction budgétaire de plus de 5% serait aisément absorbable est erronée".

France Télévisions prévient d'ores et déjà qu'une large partie des économies demandées se fera... via des pertes: "l’impossibilité, ne serait-ce que matérielle, de dégager un tel volume d’économies dans des délais si courts" entraînera "un déficit inévitable dès 2013, aujourd’hui évalué entre 80 et 100 millions d’euros".

Ce n'est pas tout, les chaînes publiques trouvent leur sort injuste: "aucune grande entreprise publique n’est confrontée à une telle diminution de son chiffre d’affaires".

Le titre de l'encadré ici

|||Une année 2012 difficile La note de France Télévisions fait aussi un point sur le budget 2012. Le gouvernement a déjà donné 21 millions d'euros de moins que la subvention prévue par le Contrat d'objectifs et de moyens (Com), puis ensuite a "gelé une vingtaine de millions d’euros supplémentaires qui risquent d’être annulés". La publicité rentre aussi moins bien que prévu. Face à cela, le groupe assure avoir déjà réalisé "plus de 30 millions d'euros" d'économies en 2012. Une partie vient de la renégociation des contrats  pour les programmes de plateaux: "certains programmes ont été renouvelés avec des coûts en baisse, de 5%, et parfois jusqu’à 20%. La seule rentrée 2012 a permis de générer de l’ordre de sept millions d'euros d’économies (sur 84 millions d'euros d’émissions renégociées, soit -8,5%)".

Jamal Henni