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Football: le mercato d'hiver en danger?

Lucas Moura, joueur du PSG, a été la grande star du dernier mercato hivernal.

Lucas Moura, joueur du PSG, a été la grande star du dernier mercato hivernal. - -

La mission parlementaire chargée d’éluder l’application du fair-play financier a rendu son rapport, mercredi 3 juillet. Au-delà d’un encadrement plus strict des transferts entre clubs, les rapporteurs recommandent de supprimer le marché des transferts hivernal.

Voilà un point qui risque de susciter la controverse au sein de la famille du football français. La mission parlementaire chargée de faire le point sur les mécanismes du fair-play financier, dont le rapporteur est Thierry Braillard (PRG), s'est ralliée à la suggestion de Phillipe Piat. Le coprésident de l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) milite pour la suppression du mercato d’hiver.

Durant tout le mois de janvier, les clubs peuvent en effet ajuster leurs effectifs si les résultats sportifs ne sont pas bons. Parfois au détriment de leurs équilibres budgétaires s'ils recrutent de nouveaux joueurs. 

L'argumentaire du coprésident de l'UNFP est rôdé: stabilité contractuelle et une meilleure lisibilité pour les fans. A l’instar du rugby ou du basket, il voudrait instaurer la possibilité de recruter un "joker médical" en cas de blessure d’un joueur sous contrat, dans une forme de compromis avec les clubs plutôt favorables au mercato hivernal.

Mais se pose la question de la compétitivité du football français, déjà handicapée par une fiscalité défavorable par rapport aux autres pays européens.

Le tout alors que le football français, et plus généralement le football européen, souffre d’importants déséquilibres structurels entrainant des déficits abyssaux chez certains clubs.

La question des tiers, un problème d'ordre moral

En outre, un nouveau danger est apparu récemment dans le monde du football. Un joueur peut appartenir à un club et en partie à une tierce personne, souvent des investisseurs indépendants. Un montage juridique très répandu en Amérique Latine et qui se démocratise en Europe, notamment au Portugal.

Cette pratique est néanmoins interdite en France et en Angleterre. Les récents transferts de Joao Moutinho et James Rodriguez vers Monaco ont suscité d’ailleurs certaines interrogations en France. Porto, le club vendeur a d’abord racheté les droits complets de ses joueurs à un fond d’investissement qui les détenait en partie, afin de contourner la législation française.

En janvier dernier, Moutinho, pour des raisons obscures liées à un désaccord entre le club et le fond d’investissement, n’avait pu rejoindre l’Angleterre et Tottenham.

Pour la commission, "cela pose surtout un problème d’ordre moral et éthique" et induit la détention par une tierce personne des droits économiques d’un être humain. Comment ne pas s’imaginer que les tierces personnes influent sur les résultats sportifs en mettant la pression sur le joueur dont elle a acheté les droits.

La mission parlementaire recommande d’interdire aux clubs professionnels français le recrutement de joueurs dont le contrat est détenu par un tiers, afin de montrer l’exemple.

Les préconisations du rapport ne vont peut-être pas pas inciter les acteurs économiques du football français à croire en des jours meilleurs.

Vincent Flaviano