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Festival de Cannes: le CNC voit ses recettes baisser

L'impact des stratagèmes de Free et SFR a été surestimé par le président du CNC Eric Garandeau

L'impact des stratagèmes de Free et SFR a été surestimé par le président du CNC Eric Garandeau - -

Le Centre national du cinéma va publier le 21 mai, dans le cadre du festival de Cannes, son bilan annuel. Après avoir atteint un record historique en 2011, les recettes ont reculé pour la première fois en 2012.

Après des années de hausse continue, les recettes du CNC (Centre national du cinéma) ont reculé pour la première fois en 2012. C'est l'information marquante qui ressort du bilan qui sera dévoilé dans quelques jours, le mardi 21 mai, dans le cadre du festival de Cannes.

Précisément, les recettes ont atteint 749,45 millions d'euros, soit un recul de -7% (ou 56 millions d'euros) par rapport à l'année précédente.

Toutefois, l'Etat avait décidé de plafonner pour l'exercice 2012 une des taxes versées au CNC (la taxe sur Canal Plus et les opérateurs télécoms). Les recettes dépassant ce plafond ont donc été reprises par Bercy, ce qui a amputé les recettes du CNC de 50 millions d'euros. En tenant compte de cet écrètement, les recettes du CNC ont finalement été de 699,5 millions d'euros, en recul de 86,5 millions d'euros (soit -11%).

A noter que le CNC a, grâce à un intense lobbying, obtenu que ce plafonnement soit supprimé dans le budget 2013. Toutes choses égales par ailleurs, la fin de ce plafonnement devrait donc rapporter 50 millions d'euros à l'établissement public... soit de quoi compenser un tiers de la ponction exceptionnelle de 150 millions d'euros prévue par l'Etat.

Niveau historiquement élevé

Ces recettes, même si elles sont en recul, restent à un niveau historiquement élevé: elles étaient deux fois moins importantes il y a dix ans.

Le détail des recettes montre que la taxe sur les billets de cinéma reste stable, grâce à la fréquentation en salles qui s'est maintenue à un niveau élevé.

En revanche, la contribution des chaînes de télévision a reculé de 4%, à 295,5 millions d'euros. En effet, cette contribution est assise sur leurs recettes publicitaires, qui ont été impactées par la crise.

Le CNC crie au loup un peu vite

Le principal recul (-21%) reste celui de la contribution des opérateurs télécoms, tombée à 164 millions d'euros, contre 207 millions d'euros en 2011 et 183 millions d'euros en 2010. Ce recul est dû aux stratagèmes mis en place depuis 2011 par Free et SFR pour réduire leur contribution.

Ce recul est certes significatif: il équivaut à une perte de recettes de 3,6 millions d'euros par mois. Mais il est nettement moins élevé que le montant martelé par le président du CNC Eric Garandeau de tribune en tribune. "Le CNC perd 12 millions d'euros par mois", assure-t-il le 24 septembre lors d'un colloque de la Scam."Nous perdons maintenant environ 10 millions d'euros par mois", abonde-t-il le 13 avril au festival de Lecce. Et le 26 mars, lors d'un point presse, il parle de 11 millions d'euros par mois... Ce chiffre qui a même été repris à son compte par la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, ou par la SACD: "chaque mois, le CNC perd 11 millions d’euros!", assure la société d'auteurs dans une brochure qui prétend "rappeler quelques vérités"...

Sauf qu'un tel chiffre équivaudrait à une perte de 144 millions d'euros par an. Autrement dit, cela signifierait que quasiment tous les opérateurs télécoms auraient déjà cessé de payer, ce qui n'est pas du tout le cas.

Interrogée lors d'un point presse le 23 avril, la n°2 du CNC Audrey Azoulay s'est livrée à des explications embarrassées: "le chiffre de 11 millions d'euros par mois dont le CNC parle, ce n'est pas la perte constatée par le centre, c'est le montant du risque qui est en train de se matérialiser", a-t-elle admis.

Budget systématiquement minoré

Enfin, ces chiffres montrent que le CNC a présenté à l'automne 2011 un budget 2012 très minoré. L'établissement public s'est lourdement trompé sur le produit de la taxe sur les télécoms, qui a rapporté 50 millions de plus que prévu.

La même erreur a été systématiquement commise ces dernières années: le CNC a toujours finalement engrangé bien plus d'argent que prévu. "Les recettes sont systématiquement minorées dans le budget", déplorait ainsi la Cour des comptes. Au point qu'au sein même du ministère de la Culture, on soupçonne le CNC de minorer délibérément ses prévisions, afin d'apparaître moins "riche", et donc d'éloigner les vautours qui lorgent sur ses opulentes finances...

Ignorant ces critiques, le CNC a, une fois de plus, présenté un budget 2013 qui semble trop prudent: il prévoit que la taxe télécoms rapportera seulement 132 millions d'euros, soit un chiffre très bas par rapport aux encaissements de ces dernières années.

NB: le CNC refuse de communiquer le produit de la taxe sur les opérateurs télécoms. Il publie seulement le produit de la taxe sur les distributeurs de services de télévision, qui inclut aussi Canal Plus. Pour obtenir la contribution des télécoms, nous avons donc retiré la contribution de Canal Plus (95 millions d'euros jusqu'en 2010, 115 millions d'euros à partir de 2011).

Jamal Henni à Cannes