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Exclusif: Vincent Bolloré serait candidat à la direction de Vivendi

L'industriel breton verrait plusieurs avantages à prendre la présidence du directoire de Vivendi

L'industriel breton verrait plusieurs avantages à prendre la présidence du directoire de Vivendi - -

Le groupe cherche un nouveau président du directoire pour remplacer Jean-François Dubos. L'industriel breton aurait décidé de candidater à ce poste.

Le processus de recrutement du nouveau président du directoire de Vivendi rentre dans une phase active. Avant l’été, le groupe a mandaté un cabinet de chasseur de têtes pour trouver un successeur au vénérable Jean-François Dubos (68 ans).

Selon des sources industrielles, il s’agit du célèbre cabinet américain Russell Reynolds, qui aurait déjà été utilisé par Vivendi l’an dernier.

Officiellement, le profil recherché est "plutôt un quadra", avec un profil "international, pas forcément français, très familier de l’industrie des contenus et du numérique", avait indiqué un proche de la direction à La Tribune. Bref, un profil radicalement différent des deux précédents présidents du directoire (Jean-Bernard Levy puis Jean-François Dubos), qui étaient très français, et avaient bien dépassé la quarantaine...

Mais, d'ores et déjà, un premier candidat externe correspondant à cette fiche de poste aurait été identifié: un quadragénaire allemand du secteur des médias.

Le véritable homme fort

Un tel profil conviendrait tout à fait au président du conseil de surveillance Jean-René Fourtou, qui est actuellement le véritable homme fort du groupe, et semble peu enclin à partager son pouvoir.

En revanche, cette fiche de poste ne fait pas les affaires de Vincent Bolloré, devenu récemment le premier actionnaire du groupe avec 5% du capital. Mais l’industriel breton n’est pas non plus satisfait de Jean-François Dubos et juge son remplacement nécessaire.

Selon des sources concordantes, Vincent Bolloré aurait donc décidé de postuler lui-même à la présidence du directoire. Cela aurait plusieurs avantages: montrer son implication dans Vivendi, passer les activités du groupe au peigne fin, peser plus sur la stratégie, et instaurer un contre-pouvoir interne à Jean-René Fourtou.

En effet, depuis son arrivée, Vincent Bolloré a plusieurs fois été en désaccord avec la stratégie envisagée. Mais son influence reste limitée: il n’est qu’un membre du conseil de surveillance parmi treize, ce que Jean-René Fourtou ne manque pas de lui rappeler…

Jusqu’à présent, les observateurs pensaient que Vincent Bolloré visait plutôt la présidence du conseil de surveillance, mais cette voie est bouchée pour l’instant: en effet, Jean-René Fourtou ne semble pas pressé de quitter le poste –il a promis à ses actionnaires d’être encore là pour l’assemblée générale d’avril 2014… Reste que Jean-René Fourtou aura sans doute du mal à accepter Vincent Bolloré comme président du directoire. Il reviendra alors au conseil de surveillance de trancher...

Meheut pas candidat

Hormis ces deux candidats qui font figure de favoris, circulent aussi les noms de plusieurs barons du groupe: le britannique Lucian Grainge (patron d’Universal Music, 53 ans), l’israélien Amos Genish (qui dirige l’opérateur téléphonique brésilien GVT, bientôt 53 ans), et le français Bertrand Meheut (président de Canal Plus, bientôt 62 ans).

Le patron de la chaîne cryptée arrive à s’entendre à la fois avec Vincent Bolloré et Jean-René Fourtou. Mais JRF n’a pas voulu de lui jusqu’à présent. Et, selon des sources industrielles, Bertrand Meheut a finalement décidé de ne pas être candidat, n'ayant visiblement pas envie de susciter une candidature rivale à celle de Vincent Bolloré. Sans compter qu'abandonner un navire Canal Plus qui doit affronter une mer agitée aurait suscité des interrogations...

Formellement, le processus est conduit par le comité de gouvernance et de nominations du conseil de surveillance. Ce comité est présidé par Dominique Hériard-Dubreuil (héritière de la famille fondatrice de Rémy Cointreau), et comprend aussi Vincent Bolloré, Pierre Rodocanachi, Jacqueline Tammenoms Bakker, Claude Bébéar et Henri Lachmann (ces deux derniers étant des proches de longue date du président du conseil de surveillance Jean-René Fourtou).

Interrogés, Vivendi, Bolloré et Canal Plus se sont refusés à tout commentaire.

Mise à jour: samedi à 16h30, Les Echos ont indiqué que le candidat allemand serait le président du directoire de Bertelsmann, Thomas Rabe. Interrogé, le porte-parole de Bertelsmann Andreas Grafemeyer dit qu'il "ne confirme absolument pas cette information. Thomas Rabe est président du directoire de Bertelsmann, et n'est pas disponible pour un autre poste".

Le titre de l'encadré ici

|||Les interrogations de Bolloré

Le 22 juillet, SFR et Bouygues annonçaient vouloir mutualiser leurs réseaux mobiles. Selon des sources concordantes, Vincent Bolloré aurait certaines réserves sur ce projet. Il estimerait que cela rendra SFR plus complexe à vendre ou à valoriser lors d'une cotation. A cela s’ajoutent son contentieux passé avec le groupe Bouygues, qui n'est pas totalement éteint: il y a encore deux ans, Martin Bouygues avait torpillé le rachat du quotidien gratuit Metro par son viel ennemi. "Le climat entre les deux s'est détendu récemment", assure-t-on au sein du groupe de BTP.

Mais, finalement, l’industriel breton aurait finalement voté en faveur du projet de mutualisation lors de son examen fin juillet par le conseil de surveillance de Vivendi. Selon certaines rumeurs, il aurait demandé certaines garanties sur la possibilité de rendre réversible cette mutualisation.

Jamal Henni