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EuropaCorp, le studio de Luc Besson, n'a toujours pas trouvé son sauveur

Les négociations avec Netflix auraient capoté

Les négociations avec Netflix auraient capoté - EuropaCorp

Lourdement endetté, EuropaCorp cherche un investisseur depuis sept mois, mais peine à le trouver. La production de nouveaux films est quasiment à l'arrêt.

C'est un scénario avec beaucoup de suspense mais dont le happy end tarde à arriver. Mardi 26 juin, le conseil d'administration d'EuropaCorp s'est réuni, sans entériner aucune solution de refinancement du studio de Luc Besson. "Nous prenons le temps, et ne sommes en rien pressés pour trouver le meilleur partenaire industriel ou financier", se borne à déclarer un porte-parole. 

EuropaCorp est plombé par une lourde dette (253 millions d'euros de dettes financières à fin septembre), dont il doit rembourser l'essentiel (229 millions de dollars) en octobre 2019. Face à ce mur, EuropaCorp avait annoncé il y a sept mois étudier "une éventuelle recapitalisation et/ou une restructuration ou un refinancement de ses dettes". Depuis le début de l'année, la presse évoque notamment des négociations avec Netflix.

Arrêt des négociations avec Netflix?

Mais aucune fumée blanche n'est encore sortie du siège d'EuropaCorp. Selon certaines sources, les négociations avec Netflix seraient même au point mort, voire arrêtées (interrogé sur ce point, EuropaCorpp se refuse à tout commentaire). Pour ne rien arranger, mi-mai, une actrice a porté plainte contre Luc Besson pour "viol". L'accusation est fermement démentie par le réalisateur-producteur, mais elle pourrait refroidir certains investisseurs, notamment américains. 

Trouver une solution est d'autant plus difficile que Luc Besson souhaiterait conserver à la fois la direction de son studio, et son catalogue (évalué à 141 millions d'euros). En outre, les clauses des prêts bancaires accordés à EuropaCorp prévoient que ces prêts deviennent immédiatement exigibles si Luc Besson passe sous les 30% du capital d'EuropaCorp. Or le réalisateur-producteur est actuellement juste au-dessus de ce seuil, à 31,6%, ce qui rend difficile toute augmentation de capital. Pour contourner cette difficulté, un schéma envisagé avec Netflix était que le californien ne rentre pas au capital, mais se contente de passer des commandes de films et de séries, à hauteur de 60 millions d'euros par an sur cinq ans, selon le Figaro

Production quasiment à l'arrêt

Le communiqué publié mercredi 27 juin suite au conseil d'administration, muet sur le refinancement, se contente d'évoquer les résultats pour l'exercice clos fin mars, qui se solde par une perte de 82,5 millions d'euros.

Le communiqué recense aussi la maigre liste des projets à venir du studio, qui semble presque à l'arrêt. Côté films, le communiqué évoque trois films en post-production (Anna, Kursk et la suite des Petits mouchoirs), mais aucun en tournage ni en développement. Côté séries télé, quatre projets sont "en développement":
-AI (Artificial Intelligence), sur une idée originale de Luc Besson -Gray, sur une idée originale de David Baldacci -les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, basé sur la bande dessinée de Jacques Tardi, déjà adaptée au cinéma par Luc Besson en 2010 -American Flagg!, basé sur la bande dessinée américaine d’Howard Chaykin.

Pour mémoire, la quasi-totalité de l'état major a quitté le studio depuis l'automne: le directeur général Marc Shmuger, le directeur général adjoint Edouard de Vésine, le directeur des séries Thomas Anargyros, le directeur des films en langue française Dominique Farrugia, la directrice des ventes à l'international Marie-Laure Montironi, et le responsable de la musique Alexandre Mahout. En deux ans, l'effectif a été réduit de 160 à 60 personnes, via des cessions mais aussi un plan social portant sur 22 postes.

Jamal Henni