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Euro 2012: Le football pourrait avoir des retombées inattendues pour l'Europe

D'après les analystes d'ABN Amro, les Bleus apaiseraient la crise de l'euro, en soulevant ce trophée.

D'après les analystes d'ABN Amro, les Bleus apaiseraient la crise de l'euro, en soulevant ce trophée. - -

Selon une étude de Capital Economics, le championnat de football d’Europe 2012 a déjà profité plus que d’accoutumée à la Pologne et l’Ukraine. Mais ces bénéfices ont un coût, surtout pour l’Ukraine. Et la crise pourrait brouiller les cartes.

La règle veut que l’organisation d’un grand événement ne profite pas ou peu à son pays hôte. A titre d’exemple, l’agence de notation Moody’s estime, dans un communiqué, que les jeux Olympiques de Londres "ne devraient pas stimuler de façon substantielle la croissance britannique". Mais, selon une étude du cabinet britannique Capital Economics, l’Euro 2012, dont le coup d’envoi est donné ce vendredi, ferait mentir cet adage. A voir...

Ainsi, ce tournoi "est une exception à la règle qui veut que les événements sportifs majeurs n’aient pas d’impact significatif sur la croissance économique des pays organisateurs", notent les auteurs de cette étude. D’après eux, sur les quatre dernières années, les investissements en lien avec le championnat se sont élevés à 25 milliards d’euros en Pologne et à 11 milliards en Ukraine, les pays co-organisateurs du tournoi. Rapportées aux PIB des deux économies, ces sommes représentent respectivement 1,3% et 1,7% par an, "un niveau qui est bien supérieur que d’accoutumée", poursuivent les experts de Capital Economics.

La très grande majorité de ces investissements se sont portés sur des infrastructures. Outre les rénovations et les constructions de stades, les deux pays ont surtout accéléré le développement des transports. Les réseaux ferroviaires et routiers (près de 7000 km au total, selon le quotidien allemand Handelsblatt) ont ainsi été modernisés et agrandis. De même, plusieurs aéroports ont bénéficié d’importantes extensions.

Une affluence touristique limitée

Mais plusieurs bémols sont à noter. Tout d’abord, les experts de Capital Economics jugent que l’Euro 2012 de football a déjà produit la majeure partie de ses effets économiques sur les deux pays. Et le surplus dû au tourisme, ces prochains jours, devrait être limité. Dans un communiqué, les analystes de la banque allemande Erste Bank chiffrent entre 500 000 et 700 000 le nombre de visiteurs qui se déplaceront pour voir les Gerrard, Iniesta ou Benzema fouler les gazons polonais, alors que la Pologne a accueilli plus de 13 millions de touristes en 2011.

Quant à l’Ukraine, les prix élevés de ses tarifs hôteliers, supérieurs à ceux des villes polonaises et espagnoles,"pourraient dissuader la venue de touristes", jugent les analystes de la Erste Bank. Ces derniers tablent sur un million de spectateurs de l’Euro 2012 qui dépenseront un total de 800 euros chacun.

Ensuite, l’organisation du tournoi a un coût. La Pologne, seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir connu de récession en 2009, devrait avoir les reins suffisamment solides. En revanche, ce ne sera pas le cas de l’Ukraine. Kiev a eu massivement recours aux dépenses publiques (plus de 5 milliards d’euros) financées par des émissions obligataires dont les taux d’intérêts dépassent les 10%. Ce, alors que le FMI refuse de débloquer une nouvelle ligne de crédit à l’ex-République soviétique. "L’Etat a pris en charge un fardeau de dettes supplémentaires et les contribuables vont payer pendant de nombreuses années à venir l’’Euro 2012", explique Erik Nayman, économiste de Capital Times, cité par Reuters.

Une victoire des Bleus pour éviter une escalade de la crise de l'euro

Enfin, cet événement footballistique s’inscrit dans un contexte de crise de l’euro propice à en atténuer les effets. L’étude de Capital Economics souligne en ce sens que "le vrai problème est que tout récent bénéfice provenant de l’organisation de l’Euro 2012 pourrait être largement éclipsé par les risques d’une escalade de la crise de l’eurozone".

Sur ce dernier point, les analystes de la banque néerlandaise ABN Amro ont livré une note d’analyse pour le moins insolite. Le texte intitulé "Soccernomics 2012" vise à déterminer quel pays doit gagner l’Euro 2012 de sorte à calmer au maximum les tensions sur le Vieux Continent. "Soccernomics 2012" privilégie ainsi un des trois pays appartenant au noyau de l’Europe (Allemagne, Pays-Bas, France) favorisant toutefois la France car "elle se situe dans la zone rouge".

La banque juge donc préférable une victoire finale des coéquipiers d’Hugo Lloris à Kiev, le 1er juillet prochain. Comme beaucoup de supporters de l'équipe de France!

Julien Marion avec Reuters