BFM Business

Coupe du Monde au Brésil: l’heure des comptes a sonné

Certains des 12 stades construits ou rénovés pour l’évènement seront peu utilisés par la suite. C’est le cas de l’Arena Amazônia de Manaus, d’une capacité de 46 000 spectateurs alors que l’équipe locale n’évolue qu’en 4ème division.

Certains des 12 stades construits ou rénovés pour l’évènement seront peu utilisés par la suite. C’est le cas de l’Arena Amazônia de Manaus, d’une capacité de 46 000 spectateurs alors que l’équipe locale n’évolue qu’en 4ème division. - -

Le Brésil a perdu le Mondial, mais se trouve encore sous les projecteurs avec la préparation des Jeux Olympiques de 2016. L’enchaînement de ces deux grands évènements sportifs est un fait rare. Mais, à l’heure du bilan, les comptes font mal comme l'explique cette jeune startupeuse française installée là bas.

L’organisation de la Coupe du Monde au Brésil fut un véritable calvaire pour les Brésiliens : 15 milliards d’euros (dont 4 milliards en investissements publicitaires) ont été dépensés, soit 5 fois plus que le budget initial, pour des travaux jugés somptuaires et qui ont pris beaucoup de retard.

Au total, 12 stades ont été construits ou rénovés, alors qu’ils seront pour certains peu utilisés par la suite. C’est le cas de l’Arena Amazônia de Manaus, d’une capacité de 46.000 spectateurs alors que l’équipe locale n’évolue qu’en 4ème division. Ou encore celui de Brasilia, dont le budget a quintuplé, le positionnant à la 2ème place des stades les plus chers du monde.

L’édition 2014 du Mondial aura été la plus chère de tous les temps. Et la facture sera réglée par les Brésiliens, puisque 90% des dépenses seront essuyées avec de l’argent public. A titre de comparaison, la construction du CERN, l’accélérateur de particules n’a coûté (que) 4,9 milliards d’euros et la Coupe du Monde en Afrique du Sud 3,5 milliards d’euros.

Des avis mitigés sur les bénéfices du Mondial 2014

Alexandrine Brami dirige la société Digital Factory basée au Brésil
Alexandrine Brami dirige la société Digital Factory basée au Brésil © -

Alors qu’ils étaient plus de 79% à soutenir la compétition en 2009, moins de la moitié des Brésiliens y étaient favorables début 2014. Même avec la promesse d’une croissance de 0,4% pour les 5 prochaines années directement liée à l’événement et la création de 600.000 emplois, les Brésiliens ne seront pas les premiers bénéficiaires du Mondial.

La FIFA sort grande gagnante de la compétition. Avec plus de 3,3 milliards d’euros de chiffres d’affaires, principalement grâce à la vente des droits de retransmission des matchs à la télé, la fédération se place en tête des bénéficiaires du Mondial. Les grands chantiers de la Coupe du Monde et le manque d’infrastructures ont également permis à des multinationales telles que Siemens de profiter de l’ "effet Mondial"».

D’après une enquête menée par Mastercard, les ventes d’articles sportifs au Brésil auraient également explosé depuis juin (+600%), faisant le bonheur de l’équipementier Adidas, sponsor officiel de l’événement, et des géants brésiliens du e-commerce Netshoes et Dafiti.

Ce dernier aurait vendu sur la période 10 fois plus de tee-shirts de la Seleção et 5 fois plus de ballons qu’un mois normal. Citons enfin le succès du groupe lyonnais de communication événementielle GL Events qui a remporté 18 appels d’offres et un gros contrat d’hospitalité et vient d’annoncer avoir réalisé avec le Mondial un chiffre d’affaires de l’ordre de 80 millions d’euros pour une marge opérationnelle supérieure à 10 %.

Un réal potentiel pour le tourisme et les voyages d'affaires

La couverture de la Coupe du Monde a fait du Brésil une destination touristique privilégiée. Notamment du tourisme d’affaires, boosté par la construction d’hôtels et la professionnalisation de différents secteurs, de l’hôtellerie à la restauration, en passant par l’organisation d’événements. Le pays, qui accueille près de 300 congrès et salons internationaux par an et à peine 6 millions de touristes étrangers, présente un réel potentiel. Avec une image redorée, le Brésil devrait également voir les investissements étrangers augmenter.

Seulement, le jeu en valait-il la chandelle par rapport notamment à la tension sociale mise entre parenthèses pendant la compétition ? Peut-on mettre un prix sur la disparition des enfants des rues en prévention de l’arrivée des touristes ? Des déplacements des populations des favelas pour la construction de stades ? Ou encore de l’abandon de projets sociaux ?

Alexandrine Brami (Digital Factory)