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Comment Vivendi a échappé à l'impôt lors de la vente de ses jeux vidéo

Les actions ont transité entre cinq holdings différentes immatriculées au Delaware, le paradis fiscal interne des Etats-Unis

Les actions ont transité entre cinq holdings différentes immatriculées au Delaware, le paradis fiscal interne des Etats-Unis - -

Grâce à un montage complexe, Vivendi réussit à ne payer quasiment aucun impôt sur la vente de ses 61% dans Activision Blizzard, une opération qui lui a rapporté 6 milliards d'euros.

A l'automne dernier, Vivendi a finalisé la cession de 49% de l'éditeur de jeux vidéo Activision Blizzard. Le groupe français a reçu, en échange de ses actions, un chèque de 6 milliards d'euros.

Il a ainsi effectué une jolie opération. En effet, la plus-value réalisée s'élève à 2,9 milliards d'euros, indiquent ses comptes.

Car, depuis l'origine, Vivendi a dépensé seulement 1,7 milliard de dollars (1,25 milliard d'euros) dans les jeux vidéo, expliquait le 26 juillet dernier son directeur financier Philippe Capron lors d'une conférence téléphonique: "à l'origine, nous avions investi 900 millions de dollars à la fin des années 90 [lors du rachat de Cendant Software, NDLR], puis nous avons ajouté 1,7 milliard de dollars lorsque nous avons créé Activision Blizzard en 2008. Et depuis, nous avons reçu 900 millions de dollars via les dividendes et la vente d'actions".

Efficacité fiscale

Encore mieux: Vivendi parvient à ne payer quasiment aucun impôt sur cette généreuse plus-value.

Comme l'expliquait Philippe Capron en juillet, "la transaction a été structurée de telle manière que nous ne payons aucun impôt significatif, ni en France, ni aux Etats-Unis. Donc le montant brut que nous recevons est en réalité un montant net. [D'un point de vue fiscal, NDLR], la plus-value n'est pas significative. [En revanche], si nous avions vendu nos actions sur le marché, nous aurions dû payer un impôt sur les plus-values très significatif. Cela n'aurait pas été très attractif, même à un prix bien plus élevé".

Montage complexe

Pour arriver à un tel résultat, les fiscalistes de Vivendi ont mis en place un montage d'une rare complexité, à en croire les documents déposés auprès du gendarme de la bourse américaine (cf. ci-contre). En deux jours (les 10 et 11 octobre), le paquet d'actions Activision Blizzard a été transféré entre cinq holdings différentes appartenant tous à Vivendi, et tous immatriculés au Delaware, le paradis fiscal interne des Etats-Unis. Une de ces holdings a même été créé spécialement pour l'occasion. Tandis que deux autres holdings disparaissaient au moyen d'une fusion.

A cette occasion, ont aussi changé de mains les titres détenus dans la maison de disques Universal Music, qui est elle aussi immatriculée au Delaware...

Interrogé, Vivendi n'a pas souhaité faire de commentaires.

Jamal Henni