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Ces artistes qui ne veulent pas entendre parler du streaming

Jean-Jacques Goldman, Prince et Francis Cabrel, trois hommes en colère contre le streaming

Jean-Jacques Goldman, Prince et Francis Cabrel, trois hommes en colère contre le streaming - Thomas Coex, Patrick Kovarik, Bertrand Guay - AFP - Montage BFM Business

Prince qui vient de retirer tout son catalogue, Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel qui refusent d'y apparaître. Pourquoi certains "gros" chanteurs boudent encore le streaming? Et ont-ils raison?

Ce sont les artistes que vous n’entendrez jamais lors de vos soirées 'blind-test' entre amis sur Deezer. Pas de "Je Marche Seul", "Petite Marie", "Purple Rain" ou "All You Need Is Love". Pour la bonne et simple raison que Jean-Jacques Goldman, Francis Cabrel, Prince et les Beatles sont aux abonnés absents sur les plateformes de streaming musical comme Deezer, Spotify et Apple Music.

Et après Taylor Swift qui a refusé il y a quelques mois de mettre en ligne son dernier album 1989 (avant finalement d’accepter de le rendre disponible sur Apple Music), c’était jeudi au tour de Prince de retirer l’ensemble de son catalogue des principaux sites de streaming. Ainsi en dehors de Tidal, le site de Jay Z, impossible d’écouter les chansons de la star de Minneapolis. Pour quelle raison ? Si la maison de disque n’a pas souhaité faire de commentaire, l’artiste s’y est lui employé il y a quelques jours sur Twitter. "Spotify appartient pour partie aux maisons de disques qui détiennent 20% de ses actions. Or ces maisons de disques se rémunèrent grassement avec le streaming et laissent des miettes aux artistes."

"Les artistes sont complètement floués"

Prince reprend ainsi le même argumentaire que la chanteuse Taylor Swift qui refuse que sa musique soit présente sur des plateformes de streaming gratuit car la pub seule ne rémunère pas assez les artistes. Le streaming, ça ne rapporterait pas grand-chose. C’est ce que pensent aussi deux des plus grandes vedettes françaises : Goldman et Cabrel. Et les fans du chanteur d’Astaffort qui l’attendent sur Deezer devront prendre leur mal en patience. "J’attends qu’on m’explique ce que ça apporte aux artistes, expliquait en avril dernier Francis Cabrel au journal Metro. C’est une merveilleuse idée dans laquelle les artistes sont complètement floués. Je préfère attendre que la dignité soit rendue aux créateurs. Pour l’instant, je trouve que cette solution déconsidère la chose créée." Si son camarade Goldman ne s’est jamais exprimé sur le sujet (et guère exprimé tout court d’ailleurs depuis 15 ans), il boycotte lui aussi depuis le début ses sites.

Cabrel pas "streaming-friendly"

Ce que regrette Denis Ladegaillerie, le patron de Believe Digital qui distribue la musique d’artistes sur ces plateformes. "On n’a pas passé assez de temps à leur expliquer à quel point c’était important le streaming aujourd’hui, déplore-t-il. En France, il a représenté sur le mois dernier les deux tiers du chiffre d’affaires de la musique digitale et plus du quart du marché global de la musique. Or, au plus il y a de monde qui utilise le streaming, au plus il y aura de revenu à se partager." Un discours que certaines grandes stars ne veulent pas entendre et qui craignent en apparaissant sur ces sites de cannibaliser leurs ventes de disques. D’autant que pour les Cabrel et Goldman, le CD représente toujours l’essentiel de leur revenu. "Pour Cabrel nous avons estimé que le digital n’a représenté que 10% des ventes de son dernier album, détaille Denis Ladegaillerie. Le gros de son audience n’est pas là aujourd’hui, on peut dire que Cabrel n’est pas "streaming-friendly"".

Mais il pourrait le devenir avec la multiplication des plateformes lancées notamment par les Gafa. Apple qui vient d’arriver sur ce marché compte attirer 100 millions d’abonnés d’ici un an. Et des rumeurs planent autour de l’arrivée prochaine de Facebook sur ce marché. Bref, le streaming devrait ratisser de plus en plus large. Ce qu’ont compris de grandes stars internationales fraichement convertis au streaming. Ces derniers mois Oasis, Led Zeppelin, Metallica ou encore AC/DC ont fait leur apparition sur les sites de streaming. De quoi passer tout de même quelques bonnes soirées 'blind-test'…

Frédéric Bianchi