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Bolloré joue les dissensions dans la famille Berlusconi

Vivendi, présidé par Vincent Bolloré, a pris 20% du capital de Mediaset, l'empire des médias de Silvio Berlusconi.

Vivendi, présidé par Vincent Bolloré, a pris 20% du capital de Mediaset, l'empire des médias de Silvio Berlusconi. - FRED TANNEAU / AFP

La succession de Silvio Berlusconi est en jeu. Ses cinq héritiers sont désunis, et ses deux enfants présents dans le groupe ne s’entendent pas. Une aubaine pour Vincent Bolloré.

C’est le signe des grands fauves du capitalisme. Les brèches, frictions et autres dissensions sont l’occasion de faire exploser les empires familiaux et de mettre la main dessus. Bernard Arnault a tenté de le faire chez Hermès. Vincent Bolloré en a fait une de ses spécialités. Comme chez Bouygues ou Lazard il y a vingt ans, ou chez Ubisoft ces temps-ci, il tente aujourd’hui en Italie une guerre contre la famille Berlusconi.

En trois jours, le Breton a pris 20% du capital de Mediaset. Le premier groupe privé de médias en Italie, avec trois chaînes de télévision, est la propriété de Silvio Berlusconi. La bataille entre les deux hommes d’affaires les plus puissants de leurs pays respectifs s’annonce sanglante. Vincent Bolloré applique une énième fois une stratégie bien huilée à laquelle toutes ses proies se sont fait prendre depuis vingt ans: déchirer les familles, cristalliser les tensions et profiter des scissions pour s’imposer. Une tactique des plus diaboliques au pays de Machiavel.

Cette fois, il met le doigt sur deux failles dans l’empire Berlusconi. Vincent Bolloré cristallise le tabou de la succession du Cavaliere qui se dessine. Âgé de 80 ans, l’ancien président du conseil italien doit organiser le passage de relais à ses cinq enfants. Premier problème, l’unité est loin d’être de mise dans la fratrie. Les deux premiers, que Silvio Berlusconi a eu avec sa première femme, sont aux manettes de son empire. Impliqués dans les affaires familiales, ils souhaitent conserver l’unité du groupe alors que leurs trois demi-frères et sœur, âgés de moins de 30 ans, pousseraient pour une vente des chaînes du groupe au rival Rupert Murdoch.

Berlusconi lâché par l’establishment italien?

Vincent Bolloré joue cette première guerre familiale au sein de la fratrie. Mais il joue aussi la rivalité larvée qui semble monter en puissance entre les deux premiers enfants de Silvio Berlusconi: Marina (50 ans) et Pier Silvio (47 ans). La première dirige Fininvest, la société familiale de son père qui détient 35% de Mediaset alors que son petit frère dirige Mediaset. Marina a, de fait, une vision plus patrimoniale des intérêts familiaux quand Pier Silvio se passionne pour les médias. "Marina et Pier Silvio ne s’entendent pas bien et leur père a 80 ans, souligne un bon connaisseur de Mediaset. Vincent Bolloré a compris ces enjeux familiaux qui motivent son raid". La fille reproche surtout à son frère d’avoir beaucoup trop investi dans les chaînes de télévision payantes. Mediaset Premium perd d’ailleurs 100 millions d’euros par an et se retrouve au cœur du litige entre Bolloré et Berlusconi. "Je ne serais pas étonné que Vincent Bolloré ait déjà une partie de la famille Berlusconi avec lui" conclut un investisseur italien.

Le capitalisme italien fera-t-il bloc derrière Silvio Berlusconi pour défendre son empire des médias ? "En Italie, tout le monde s’en fout de Berlusconi, lâche un banquier français qui connait la péninsule. Et Bolloré opère en Italie depuis vingt ans et connaît tout le monde". Vivendi est le premier actionnaire de Telecom Italia, indispensable allié de Mediaset pour vendre les programmes des chaînes payantes. Vincent Bolloré est surtout actionnaire de Mediobanca, la banque d’affaires italienne qui fait et défait les grandes alliances du capitalisme transalpin depuis toujours. Sa fille Marie Bolloré et son comparse Tarak Ben Ammar sont administrateurs de la banque. Ce dernier a aussi été administrateur de Mediaset et très proche de Berlusconi. Il aide Bolloré depuis deux ans à mettre la main sur le groupe de médias italien. Et lui permet aussi de conserver ce lien fort avec l’ensemble de l’establishment de la péninsule. Une influence immense à faire pâlir même Silvio Berlusconi.

Matthieu Pechberty