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Benoît Hamon veut supprimer la publicité sur France Télévisions

L'ancien ministre de l'éducation propose pas mal d'idées nouvelles et assez à gauche

L'ancien ministre de l'éducation propose pas mal d'idées nouvelles et assez à gauche - Dominique Faget/AFP

En matière culturelle, Benoît Hamon lance moult idées neuves, tandis que Manuel Valls ne propose quasiment rien. Mais aucun des deux programmes n'est chiffré, et encore moins financé.

La différence entre Benoît Hamon et Manuel Valls se retrouve également dans leurs propositions culturelles. L'ancien ministre de l'Éducation propose pas mal d'idées nouvelles et assez à gauche. L'ancien Premier ministre défend surtout son bilan, et ne propose pas grand-chose. Revue de détail.

Hamon: des mesures généreuses mais non chiffrées

Le programme de Benoît Hamon comprend moult mesures généreuses, toutefois sans chiffrage, ni financement. D'abord, il propose que la culture (acteurs publics et privés confondus) représente 1% du PIB, contre 0,7% actuellement.

Il veut notamment créer de nouveaux lieux culturels pluridisciplinaires, baptisés Fabriques de culture, qui "porteront des projets artistiques en co-construction entre pouvoirs publics, secteur culturel, associations et fondations".

Benoît Hamon prévoit aussi d'accorder une couverture sociale aux auteurs, aux scénaristes, ou encore aux compositeurs, qui ne bénéficient pas aujourd'hui du régime des intermittents du spectacle, et donc de son assurance chômage. 

Il propose également de distribuer à tous les jeunes de 12 à 18 ans un "passeport culture" qui leur "donnera accès" au cinéma, aux concerts, au théâtre, à l'opéra... "Il s'agit de généraliser le passeport proposé actuellement aux lycéens par certaines collectivités", explique Olivier Thomas, maire PS de Marcoussis et chargé du projet culturel du candidat, qui veut compenser les inégalités territoriales: "Selon qu'une collectivité est plus ou moins riche, elle a les moyens de financer plus ou moins la culture".

Côté télévision, l'ancien ministre de l'Éducation propose de supprimer totalement la publicité sur France Télévisions (celle-ci est actuellement autorisée sur les chaînes publiques avant 20 heures, ce qui a rapporté 321 millions d'euros en 2015). Parallèlement, il veut que les chaînes de télévision financent "davantage" la création, c'est-à-dire les films ou encore les fictions.

Surtout, le candidat fait plusieurs propositions concernant la propriété des médias. Il propose de créer un nouveau régime, "inspiré des fondations à but non lucratif". Le nom du propriétaire d'un média devra être "mis en évidence" (une obligation qui existe déjà mais n'est pas toujours respectée). Un même groupe ne pourra détenir plus de 40% du marché de la presse écrite, ou du marché de la radio, ou du marché de la TV, ou du marché du web. En outre, un même groupe ne pourra pas détenir plus de deux médias détenant plus de 20% de parts de marché.

Par ailleurs, les oeuvres tombées dans le domaine public (c'est-à-dire celles qui deviennent libres de droits 70 ans après la mort de leur auteur) seront "numérisées massivement". "Nous proposons aussi que les artistes, via leurs sociétés de gestion collective comme l'Adami, puissent commercialiser eux-mêmes leurs oeuvres", explique Oliver Thomas. Quant au piratage, "l'Hadopi n'est pas très efficace et il faudra la réformer".

Enfin, et non des moindres, l'ancien ministre de l'Éducation veut créer un "visa artiste" pour "permettre aux artistes du monde entier de venir pour un festival, pour une collaboration artistique ponctuelle, ou pour s’imprégner de la culture française".

Valls: service minimum

L'ancien Premier ministre répète avoir accordé la "priorité" à la culture, et être l'époux d'une "intermittente du spectacle", la violoniste Anne Gravoin. Celle-ci serait même intervenue pour prendre des mesures en faveur des artistes. Les majors du disque affirment ainsi que l'Adami (société de gestion des artistes interprètes) a fait passer dans la loi Création une mesure sur les webradios grâce à Anne Gravoin.

Pourtant, la culture ne représente qu'une demi-page sur les 53 du programme du candidat. Et cette demi-page ne contient que deux promesses vagues, sans chiffrage, ni financement.

D'abord, "relancer une politique de grands travaux culturels, notamment dans nos régions". Ensuite, "redonner des moyens à nos politiques patrimoniales, notamment pour les villes moyennes".

Quant au budget de la culture, il se contente de dire: "J’ai redonné les moyens nécessaires au ministère de la Culture et de la Communication. Nous maintiendrons cette dynamique".

Jamal Henni