BFM Business

Baisse record de l'investissement de Canal Plus dans le cinéma français

Vincent Bolloré a présenté son bilan à la filière

Vincent Bolloré a présenté son bilan à la filière - Satellifax Serge Surpin

L'obligation d'investissement dans le 7ème Art a reculé de 27% en 2017, selon le bilan présenté par la chaîne à la filière.

"Nous ne cessons d’affirmer urbi et orbi, ne varietur que nous continuerons de soutenir le développement du cinéma français. Nous souhaitons même accentuer encore notre soutien", promettait Vincent Bolloré devant les sénateurs il y a deux ans.

Hélas, depuis lors, les investissements de Canal Plus dans le 7ème art n'ont cessé de chuter. Explication: l'obligation d'investissement de la chaîne est assise sur ses "ressources totales", qui correspondent à peu près à son chiffre d'affaires. Précisément, la chaîne Canal Plus est obligée d'investir 12,5% de ses "ressources totales" annuelles dans des films européens, et 9,5% dans des films français.

Ampleur surprenante

Étant donné que ces "ressources totales" sont en chute, l'obligation d'investissement est aussi en chute. Une baisse record a même eu lieu l'an dernier. En 2017, l'obligation d'investissement de la chaîne est tombée à 142 millions d'euros pour les films européens, et 114 millions pour les films français. Soit une chute record de 27% par rapport à l'année 2016.

Contactée, la porte-parole de la chaîne confirme cette baisse est bien corrélée aux ressources de la chaîne, qui ont chuté en 2017, passant de 1,585 à 1,155 milliard d'euros.

Reste que l'ampleur de cette baisse surprend. En effet, en 2017, le chiffre d'affaires de la Société d'Edition de Canal Plus, (qui correspond à l'activité de la chaîne en métropole), a reculé de seulement 9,4%, selon ses comptes sociaux. Et le chiffre d'affaires de toute l'activité de télévision payante en métropole (qui inclut aussi le bouquet CanalSat rebaptisé les offres Canal) a reculé d'environ 4%, selon les comptes de Vivendi.

Douche froide

Ces chiffres ont été présentés aux professionnels le 9 avril par tout l'état major de la chaîne: le président du conseil de surveillance Vincent Bolloré (qui abandonnera ce poste dès le lendemain matin), le président du directoire Jean-Christophe Thiery, le directeur général Maxime Saada, et le directeur général adjoint chargé du cinéma Didier Lupfer.

Pour tempérer cette douche froide, les dirigeants sont venus avec deux bonnes nouvelles. D'abord, le nombre d'abonnés s'est mis à remonter, avec un gain de 80.000 abonnés depuis début 2018. Dès lors, le chiffre d'affaires (et donc les obligations) vont repartir à la hausse dès cette année. Selon eux, l'obligation devrait atteindre 148 millions d'euros en 2018 (+4%), et 160 à 170 millions d'euros en 2021. Ce qui reste quand même loin des 211 millions atteints en 2013...

Autre consolation: pour amortir cette chute, la chaîne a fait mieux que ses obligations l'an dernier, investissant 16 millions de plus que nécessaire. Ce "sur-investissement" pourra ensuite être déduit des obligations à remplir les années suivantes.

Les dirigeants ont aussi souligné que la chaîne cryptée restait -de loin- le premier investisseur dans le cinéma français et européen. "Le cinéma est la première motivation d'abonnement à Canal Plus", a rappelé Maxime Saada jeudi 19 avril lors de l'assemblée générale de Vivendi.

Le chiffre d'affaires de la Société d'édition de Canal Plus (en millions d'euros)

2012: 1941
2013: 1941
2014: 1868
2015: 1802
2016: 1704
2017: 1544

Source: comptes sociaux

Les "ressources totales" de Canal Plus (en millions d'euros)

2012: 1818
2013: 1805
2014: 1666
2015: 1626
2016: 1585
2017: 1155

Source : CSA, Canal Plus pour 2017

L'assiette des obligations cinéma de la chaîne Canal Plus

Les "ressources totales" comprennent, après déduction de la TVA:
-le produit des abonnements en France, y compris dans les Dom Tom, en Polynésie et en Nouvelle Calédonie
-la publicité
-le parrainage
-le téléachat
-le placement de produits
-les services de rattrapage (replay)
En revanche, sont exclus le frais de régie publicitaire, les taxes versées au CNC, les abonnés à l'étranger (Belgique, Suisse...).

Autrement dit, les "ressources totales" reprennent l'essentiel du chiffre d'affaires de la Société d'Edition de Canal Plus, plus le chiffre d'affaires dans les Dom Tom, en Polynésie, en Nouvelle Calédonie et en replay.

Jamal Henni