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50 Nuances de Grey reste autorisé aux plus de 12 ans

Le film a réalisé 4 millions d'entrées en France

Le film a réalisé 4 millions d'entrées en France - Universal Pictures

La justice déboute une association chrétienne qui contestait l'interdiction aux moins de 12 ans, voulant relever l'interdiction aux moins de 18 ans.

Le 11 février est sorti en France Cinquante nuances de Grey. Le ministère de la Culture avait interdit le film aux moins de 12 ans, à la grande fureur de l'association Promouvoir. Cette association classée très à droite, qui dit défendre les "valeurs judéo-chrétiennes", a contesté ce visa, et demandé à ce que le film soit interdit aux moins de 18 ans. Elle a été déboutée d'abord par le tribunal administratif le 3 mars, puis par le Conseil d'Etat ce lundi 27 juillet.

Jurisprudence pour l'avenir

On pourrait juger cette bataille purement théorique, le film étant déjà sorti. Mais en pratique, les jugements obtenus par cette association très active établissent une jurisprudence pour l'avenir. Promouvoir a ainsi obtenu le relèvement de plusieurs visas: le premier Nymphomaniac de Lars Von Trier est passé d'une interdiction aux moins de 16 ans aux moins de 18 ans, Ken Park de Larry Clark est passé de -16 à -18 ans. Surtout, Baise moi de Virginie Despentes a dû être retiré de l'affiche. Et il y a deux mois, le Conseil d'Etat a annulé l'interdiction aux moins de 16 ans du film d'horreur Saw 3D, estimant implicitement que le film aurait dû être interdit aux moins de 18 ans. Cette dernière décision a suscité la consternation dans le 7ème art...

"Dangereux manifeste ado-masochiste"

Pour se prononcer sur Cinquante nuances de Grey, les juges ont visionné de près le film. Pour le tribunal administratif, "on ne saurait sérieusement prétendre que le public ne serait pas informé de l’existence de scènes osées préalablement à son entrée dans la salle. Ce public, très majoritairement féminin, bénéficie grâce à la presse spécialisée, d’un degré d’information élevé sur le film. La photographie la plus répandue du film reproduit la scène la plus violente du film, qui est sa quasi conclusion". Certes, Promouvoir "présente le film comme un dangereux manifeste sado-masochiste, mais admet toutefois qu’ont été expurgés des passages à caractère pornographique figurant dans le livre". 

"Banalisation de la pédophilie et de la zoophilie"

En face, Promouvoir a sorti la grosse artillerie. Selon l'association, Cinquante nuances de Grey "promeut les femmes soumises et battues", et "insiste sur l’inconnu sado-masochiste à découvrir au travers de la brutalité, de la soumission et des actes sexuels violents et humiliants". L'association a même argué que "les viols représentent les trois quarts des crimes commis par les moins de 18 ans".

Dans son combat, Promouvoir avait été rejointe par une certaine Association pour la dignité humaine, pour qui "les adolescents sont guidés par la curiosité sexuelle". Pire: "on peut craindre en suivant le raisonnement du ministère de la Culture une banalisation de la pédophilie et de la zoophilie", ajoute cette seconde association, qui rappelle que le film a été interdit aux moins de 17 ans en Amérique. 

Le ministère de la Culture, pour justifier son interdiction aux moins de 12 ans, a tenté d'interpréter le film. Selon la rue de Valois, "le film est pédagogique et n’accumule pas les scènes sexuelles ou violentes, mais démasque un prince charmant dominateur. L’héroïne choisit les limites à ne pas dépasser. Et enfin, "l’évolution des moeurs et de la société doit tenir compte de l’utilisation d’internet par les jeunes". 

Toutefois, la bataille n'est pas terminée car Promouvoir a, outre le recours en référé, aussi déposé un recours au fond contre le visa du film. 

Jamal Henni