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Continental plaide non coupable pour la catastrophe du Concorde

Dossiers stockés au tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d'Oise), en février dernier, à l'ouverture du procès de la catastrophe du Concorde d'Air France qui avait fait 113 morts en 2000. La défense de la compagnie aérienne Continental Airlines a plaidé

Dossiers stockés au tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d'Oise), en février dernier, à l'ouverture du procès de la catastrophe du Concorde d'Air France qui avait fait 113 morts en 2000. La défense de la compagnie aérienne Continental Airlines a plaidé - -

PONTOISE, Val-d'Oise - La défense de la compagnie aérienne Continental Airlines a plaidé la relaxe vendredi à la fin du procès de la catastrophe du...

PONTOISE, Val-d'Oise (Reuters) - La défense de la compagnie aérienne Continental Airlines a plaidé la relaxe vendredi à la fin du procès de la catastrophe du Concorde d'Air France qui avait fait 113 morts en 2000.

Après quatre mois de procès, le tribunal correctionnel de Pontoise (Val-d'Oise) a mis en délibéré son jugement au 9 décembre prochain.

Me Olivier Metzner, avocat de la compagnie américaine, a considéré que le scénario de l'accident qui accuse Continental n'était pas établi. Une lamelle métallique tombée d'un de ses avions sur la piste d'envol de l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle est censée avoir provoqué la catastrophe.

L'avocat défend une autre hypothèse qui mettrait en cause la responsabilité d'Air France, blanchie par l'enquête et partie civile au procès.

Il manquait une pièce sur le train d'atterrissage du supersonique, qui avait par ailleurs des fragilités structurelles connues d'Air France depuis près de 30 ans.

Me Metzner voit Continental en bouc émissaire de la société française. "Le monde aéronautique se divise en deux par un océan. Air France est peut-être un peu jaloux que Continental Airlines soit la première compagnie mondiale aujourd'hui", a dit Me Metzner à la presse en marge de l'audience.

La semaine dernière, le parquet a demandé une amende de 175.000 euros d'amende contre Continental et des peines de prison avec sursis contre deux de ses employés qui ont monté de manière irrégulière la pièce tombée de l'avion.

Si Continental était condamnée, elle paierait au plan civil 15 millions d'euros réclamés par Air France, ainsi que plusieurs millions d'euros à des familles de victime, et peut-être aussi une autre facture d'une centaine de millions d'euros, déjà acquittée par les assureurs aux familles des tués.

PLAINTES CROISÉES

Le procureur a aussi requis deux ans de prison avec sursis contre Henri Perrier, 80 ans, directeur du programme Concorde de 1978 à 1994 à l'Aérospatiale, devenue EADS.

Il est mis en cause pour les négligences de l'aéronautique française, qui n'aurait jamais rien fait pour résoudre les défauts de conception du Concorde, comme des pneus fragiles et des réservoirs vulnérables, connus dès les années 1970.

La bataille entre Air France et Continental a débordé au-delà de la salle d'audience, Continental déposant plainte la semaine dernière contre sa rivale pour "obstruction à la justice", et Air France répliquant ce vendredi par une autre plainte contre elle pour "dénonciation calomnieuse".

En marge de la dernière audience, Me Fernand Garnault, avocat d'Air France, a pourtant laissé entendre qu'il ne croyait plus à la responsabilité pénale de Continental.

"Je pense que c'est plus un procès civil qu'un procès pénal, et je pense qu'au bout du compte, si sans doute Continental est à l'origine de l'accident par la perte de cette lamelle, il faut admettre que le sort y a été pour beaucoup", a-t-il dit aux journalistes.

Des relaxes ont été requises par le parquet pour les autres prévenus, Jacques Hérubel, 74 ans, ingénieur en chef de ce programme de 1993 à 1995, et Claude Frantzen, 72 ans, un des principaux dirigeants de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) de 1966 à 1994.

Le 25 juillet 2000, l'avion transportant 109 membres d'équipage et passagers, en majorité allemands, s'était embrasé puis écrasé, peu après son décollage de Roissy, sur un hôtel de Gonesse, y tuant quatre de ses occupants.

La catastrophe avait mis fin prématurément à la carrière du Concorde, avion de ligne le plus rapide de l'histoire, qui reliait Paris à New York en trois heures. Il a volé pour la dernière fois en octobre 2003, après 27 ans de carrière.

La thèse de l'enquête est que l'éclatement d'un pneu avant droit du Concorde a été provoqué par la lamelle de l'avion de Continental et que des débris du pneu ont perforé un réservoir situé sous l'aile, amenant une fuite de kérosène, ce qui a causé un incendie.

Lucien Libert, avec Thierry Lévêque à Paris, édité par Sophie Louet