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Bercy réfléchit à ouvrir le marché des jeux

La réflexion du gouvernement est bien plus large qu’une privatisation de la FDJ.

La réflexion du gouvernement est bien plus large qu’une privatisation de la FDJ. - Bertrand Guay - AFP

Dans le cadre de la privatisation de la Française des Jeux, le gouvernement envisage d’assouplir la réglementation pour dynamiser les jeux en ligne. Un long processus qui prendra un an.

La privatisation d’un monopole ne suffit pas. C’est désormais clair: le gouvernement prépare l’ouverture du capital de la Française des Jeux (FDJ) à des investisseurs privés. L’État en détient 72% et devrait en vendre au minimum 20%, pour conserver la majorité. Une autre option lui "permettrait d’en céder jusqu’à 40% tout en gardant le contrôle de la FDJ grâce à un pacte d’actionnaires avec les associations d’anciens combattants" explique un bon connaisseur du dossier. Les "gueules cassées" et les émetteurs de loterie nationale détiennent plus de 20%. C’est le scénario que le ministre de l’Économie Emmanuel Macron avait proposé en 2015 et qui visait à ce que l’État descende sous la barre symbolique de 50%. Le secrétaire d’État au Budget, Christian Eckert, s’y était opposé.

Mais cette fois, la réflexion du gouvernement est bien plus large qu’une privatisation de la FDJ. Une simple cession de participations publiques n’a pas grand intérêt. Comme dans les télécoms il y a 20 ans ou l’énergie il y a 10 ans, l’État réfléchit à ouvrir le marché en parallèle de la privatisation du monopole des jeux. Selon une source gouvernementale, cette évolution passerait par un assouplissement de la réglementation, aujourd’hui très stricte, ainsi que de la lourde fiscalité qui pèse sur le secteur. Sans a priori toucher à la loterie, il s’agirait surtout de dynamiser les jeux en ligne. Car l’ouverture de ce marché, en 2010, n’a pas eu les effets escomptés. Et il est le principal relais de croissance de la FDJ.

800.000 joueurs sur les sites étrangers

Le gouvernement souhaiterait surtout alléger la fiscalité des jeux pour attirer les investisseurs et mieux valoriser la FDJ. Mais il s’agit aussi d’attirer de nouveaux acteurs. Baisser les prélèvements et élargir le marché pour "sécuriser les 3 milliards d’euros de recettes fiscales perçues chaque année", explique une source proche du gouvernement. Voire les augmenter. Sur les jeux en ligne, l’État prélève aujourd’hui 9% sur les mises des joueurs, ce qui équivaut in fine à 50% du chiffre d’affaires des sociétés de jeux. Mais cette taxe s’appliquant avant les résultats des paris, elle oblige les opérateurs à prendre moins de risques dans les cotes pour assurer leurs profits.

Du coup, 800.000 joueurs se déroutent sur des sites étrangers qui proposent des gains plus importants. L’Autorité de régulation des jeux en ligne (Arjel) propose depuis longtemps de baisser la fiscalité pour rapatrier ces joueurs sur le marché français. "Il faudrait taxer directement le chiffre d’affaires des opérateurs pour qu’ils proposent des cotes plus attractives, explique son président Charles Coppolani. Un taux d’imposition de 20% ou 30% permettrait un développement du marché". En Grande-Bretagne, en Espagne ou en Italie, les taxes oscillent entre 15% et 20% des revenus. Mais un alignement serait trop brutal en France.

Rapatrier 600 millions d’euros de chiffre d’affaires

Dans les prochains mois, le gouvernement étudiera aussi l’élargissement de l’offre de jeux, notamment les paris sportifs, afin de favoriser les jeux sur mobile. Le régulateur milite de son côté pour autoriser les jeux de casino en ligne qui sont interdits en France, ce qui pousse les joueurs vers les sites étrangers. "Nous estimons qu’il y a 500.000 joueurs de casino en ligne qui peuvent revenir sur le marché français", ajoute Charles Coppolani. Les rapatrier permettrait de récupérer 600 millions d’euros de chiffre d’affaires ainsi que les taxes associées… Autre levier pour dynamiser le marché: Bercy souhaiterait augmenter les gains retournés aux joueurs pour les inciter à rejouer et booster le marché. Ce "taux de retour aux joueurs" est aujourd’hui de 85% là où il dépasse 90% chez nos voisins européens. Mais il soulève l’épineuse question de l’addiction des joueurs.

Quoi qu’il en soit, ces réflexions prendront du temps. "Au moins un an, indique-t-on à Bercy. Et il faudra que les parlementaires se saisissent de ces sujets". Dans le même temps, les appétits s’aiguisent. Selon nos informations, les buralistes réfléchissent à négocier des "actions de préférence" au capital de la FDJ dont ils sont le premier distributeur. De leur côté, les casinotiers lorgnent les jeux en ligne depuis plusieurs années, sans véritablement parvenir à percer. Le groupe Barrière confirme qu’il "regardera de près" une ouverture du marché s’il intervenait. Le spécialiste des jeux vidéo Ubisoft, quant à lui, semble plutôt loin des problématiques de jeux d’argent même si, avec le digital, la convergence est inévitable.

Matthieu Pechberty