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Stress tests: Les banques britanniques et allemandes encore fragiles

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- - DANIEL ROLAND / AFP

L'épreuve des «stress tests» est passée pour les banques européennes. Bilan: fragilités en Grande Bretagne et en Allemagne en cas de coup de froid sur l'économie.

L'Autorité bancaire européenne et la Banque centrale européenne ont publié les résultats de la dernière campagne de «tests de résistance» des banques. Conclusion: les banques britanniques et allemandes souffriraient le plus en cas de retournement brutal de la conjoncture. Parmi les établissements les moins bien classés figurent notamment trois grandes banques britanniques: Lloyds Banking Group, Barclays et Royal Bank of Scotland, ainsi que Deutsche Bank et d'autres banques allemandes régionales. Les banques italiennes, scrutées de près dans un contexte de bras de fer budgétaire entre Rome et Bruxelles, s'en sortent plutôt mieux.

L'Autorité a classé les banques en fonction des pertes qu'elles essuieraient sur leurs fonds propres "durs". Cette mesure permet de déterminer si une banque pourrait continuer à prêter en cas de grave choc financier.

Ainsi, dans le scénario pessimiste retenu par l'Autorité bancaire européenne, la banque Barclays se retrouverait avec seulement 6,37% de fonds propres "durs" en 2020. 6.8% pour sa compatriote Lloyds. Les banques françaises ont elles passé ces tests avec plus de sérénité, avec des ratios de 7,61% pour Société Générale, de 8,64% pour BNP Paribas et même de 10,21% pour le groupe Crédit Agricole. En Italie, enfin, c'est Banco BPM qui affiche la moins bonne performance du secteur, avec un ratio CET1 dégradé à 6,67 % en cas de stress très dur. Au final, toutes les banques de l'Union européenne ont respecté l'exigence de fonds propres de CET1 fixée à 5,5% dans le scénario extrême de ces tests.

En moyenne, le ratio CET1 s'établit à 9,9% dans le scénario le plus extrême pour les banques testées. C'est donc mieux qu'en 2016. Le ratio des tests était alors de 8,8%.

Des résultats plutôt satisfaisants pour l'Autorité Bancaire Européenne qui souligne que les banques européennes ont des finances nettement plus solides qu'il y a quelques années. Et pour cause, depuis la crise financière un certain nombre de mesures ont été imposées par les régulateurs pour forcer les établissements bancaires à solidifier leur capital. "Le résultat des tests de résistance montre que les efforts des banques pour solidifier leur base capitalistique ces dernières années ont renforcé leur capacité à résister à des chocs importants", a ainsi commenté Mario Quagliariello, le directeur des analyses et statistiques économiques à l'ABE.

Les banques confrontées à un scénario très noir 

Alors comment fonctionnent ces tests? Ils ont été réalisés entre janvier et octobre. Au total, la solidité de 48 établissements issus de 14 pays de l'UE et de Norvège a été testée. Parmi eux, 6 banques françaises: BNP Paribas, Crédit Mutuel, BPCE, Crédit Agricole, Banque Postale, Société Générale. L'échantillon compte également 8 banques allemandes, dont Deutsche Bank, quatre italiennes et quatre britanniques. Les établissements sont alors confrontés à un scénario très noir: une chute de 2.7% du PIB européen entre 2018 et 2020, couplée à une montée du taux de chômage de 3.3 points.

Et ce n'est pas tout. Les risques économiques liés au Brexit ont également été intégrés, notamment l'impact possible sur les échanges commerciaux et sur les marchés financiers. Une chute des prix de l'immobilier, des pertes importantes sur les obligations d'État ou encore des sanctions financières imminentes dues à des malversations de dirigeants de banques ont également été testées. Un exercice également pimenté par la prise en compte d'une nouvelle règle comptable obligeant les banques à intégrer plus vite à leur bilan des pertes probables sur des crédits ou autres actifs financiers à risque.

Ces tests ne sont pas anodins. Comme l'explique la BdB, la fédération des banques privées allemandes, les résultats servent de diagnostic et pourront dans certains cas accélérer des mesures correctrices. Ainsi, si des banques affichent une forte dégradation de leur ratio de fonds propres, le superviseur en tiendra compte pour calibrer les besoins en capital supplémentaire de ces établissements, sans qu'il y ait d'automatisme. La BCE souhaite également intégrer les résultats de ces tests dans sa campagne en cours d'évaluation des banques. Une campagne qui doit s'achever en janvier 2019. 

La semaine dernière la Banque centrale américaine a d'ailleurs levé un certain nombre d'obligations relatives à ces stress tests qui pesaient sur les banques américaines, seules les 8 plus grandes banques dites «systémiques», qui représentent 50% des actifs américains continueront à subir des tests annuels, pour les autres ils n'interviendront au pire que tous les deux ans. 

Sandrine Serais