BFM Business

Pourquoi les banques ne pourront pas sauver toutes les entreprises

-

- - -

Aucune entreprise "ne sera livrée au risque de faillite", avait assuré Emmanuel Macron il y a un mois. Depuis, le discours du gouvernement s'est assoupli sur la question car les banques ont aussi intérêt à se protéger en resserrant la vis sur les prêts.

Appliquer concrètement les promesses est toujours complexe. Le 16 mars dernier, lors de son allocution, Emmanuel Macron assurait son soutien total à l'économie française durement touchée par la crise du coronavirus. "Aucune entreprise, quelle que soit sa taille, ne sera livrée au risque de faillite" avait-il promis, énumérant les différentes mesures promises aux professionnels.

Malgré quelques trous dans la raquette, corrigés par la suite, l'exécutif a effectivement débloqué suffisamment d'argent pour permettre aux entreprises de passer le cap de la crise. Toutes? Probablement pas. Certes, seulement moins de 1% des demandes de prêt garanti par l'Etat (PGE) terminent devant la médiation du crédit, comme l'expliquait ce mercredi sur BFM Business François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France. Sauf que dans le même temps, les demandes ont globalement explosé. De sorte que la médiation du crédit a "reçu la semaine dernière environ 130 demandes par jour" et qu'elle reçoit ainsi "actuellement davantage de demandes à la médiation en une journée que l'année dernière (...) en un mois entier".

Car sauver l'économie française ne revient pas à sauver tout le monde, à commencer par les entreprises en difficulté avant le début de la crise. "C'est important et tout le monde le comprend : des entreprises qui ont un avenir, on doit absolument les soutenir" expliquait la semaine dernière sur BFM Business, la secrétaire d'Etat à l'Economie Agnès Pannier-Runacher. "Des entreprises qui, pour des raisons de gestion interne ne fonctionnaient plus, peut-être que cette crise est l'ultime coup mais on ne pourra pas, dans ce cas-là, être en soutien abusif de ces entreprises-là."

"Les banques ont un discours logique"

Sauver l'économie française, c'est aussi protéger le système bancaire qui ne peut pas absorber autant de risque. Si le PGE est garanti à hauteur de 90% et non 100%, ce n'est pas un hasard. "Même si ce n'est que 10% de prise de risque, une banque n'a aucun intérêt à prendre ce risque" résume Christopher Dembik, responsable de la recherche macroéconomique du groupe Saxo Bank. "Les banques ont un discours logique : elles vont devoir gérer, déjà, un portefeuille préexistant où il y a un risque de défaillance qui s'est accentué." De nouveaux dossiers trop sensibles risquent donc de passer à la trappe. "Les banques vont ainsi très rapidement restreindre le crédit" poursuit Christopher Dembik qui souligne que le phénomène s'observe déjà du côté des banques américaines.

Cette semaine, l'agence de notation Moody's a d'ailleurs mis en garde sur la fragilité des entreprises européennes face à la crise, multipliant les dégradations de notes de crédit.

Très fragilisé par la crise de 2008, le système bancaire n'a pas d'autres choix que de se protéger pour éviter un cataclysme bien plus important pour la France que seraient des faillites de banques. Plus fragiles que leurs homologues américaines, les grands banques européennes se sont renforcées pendant la dernière décennie. "Aujourd'hui, le niveau des prêts non performants est en baisse continue, y compris en Italie" souligne Christopher Dembik. Les établissements n'ont donc pas l'intention d'inverser cette tendance pour rester en relative bonne santé.

La crise de 2008 a aussi incité l'Union européenne à mettre en place un mécanisme de surveillance unique, premier pilier de l'union bancaire. Il permet de surveiller les banques européennes et d'organiser des stress tests pour vérifier leur solidité. En 2017, l'UE a ainsi anticipé les difficultés de la banque espagnole Banco Popular en organisant sa vente à sa compatriote Banco Santander.

Le doute plane sur les banques italiennes

"Le risque d'avoir des banques européennes mises en difficulté, du fait par exemple d'une accumulation de prêts non performants (…) est relativement minime" juge désormais Christopher Dembik. "Je ne vois pas de risques systémiques au niveau du système bancaire européen".

Un doute subsiste encore sur les banques italiennes. Si leur santé s'est améliorée, la profonde récession qui attend l'Italie ne les met pas tout à fait à l'abri. Paolo Angelini, responsable de la supervision bancaire au sein de la Banque d'Italie, a ainsi alerté sur la situation des petites banques qui pourraient avoir rapidement besoin de fonds publics.

Reste que l'abondance de liquidités n'assure pas la solvabilité. "Selon moi, on n'a pas assez recapitalisé les banques après la crise financière de 2008" expliquait l'économiste Jézabel Couppey-Soubeyran dans Les Echos. "On n'a pas suffisamment assaini le secteur, et on risque malheureusement de réaliser le côté minimaliste des résolutions prises il y a onze ans". Si le domino italien s'effondre, les interconnexions avec la zone euro pourraient terriblement fragiliser les autres pays. Le coronavirus est donc un crash test pour le système bancaire européen, qui n'entend pas ouvrir les vannes en grand.

L'Etat français en dernier recours

Jeudi dernier, le ministre de l'Economie a annoncé sur BFM Business et BFMTV un ultime recours pour les entreprises qui ont vu leur prêt être refusé par les banques : un prêt directement fait par l'Etat. Mais là encore, l'exécutif prévient que des critères seront mis en place pour en bénéficier. "Un euro de l'Etat, c'est un euro du contribuable" a souligné Bruno Le Maire.

Thomas Leroy