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Orange met (enfin) sa banque sur orbite

VIDÉO - Après une gestation plus longue qu'attendu, Orange Bank se lance sur le marché. Premier géant des télécoms à concurrencer les banques en France, l'opérateur mise sur l'innovation (solde en temps réel, virement par SMS), son réseau de boutiques et ses 31 millions de clients mobiles.

À compter de ce jeudi 2 novembre, on peut ouvrir un compte bancaire géré par Orange. Évoquée en 2015 par Stéphane Richard, son PDG, l'irruption de l'opérateur dans la banque en ligne avait été enclenchée en 2016 avec l'acquisition des activités bancaires de Groupama.

Puis, le lancement commercial d'Orange Bank a subi des retards à l'allumage successifs: d'abord évoqué pour début 2017, il a ensuite été annoncé pour juillet de la même année puis finalement repoussé à ce 2 novembre.

L'enjeu est de taille pour le groupe. Orange va investir 500 millions d'euros sur les dix prochaines années pour s'imposer face à la concurrence. Objectif affiché: deux millions de clients. "Le seuil de rentabilité est (...) au mieux à cinq ans", prévient Alice Poizat, spécialiste des services financiers au cabinet de conseil Kea and Partners.

Une banque 100% numérique

La particularité et l'atout d'Orange tiennent à son savoir-faire dans les télécoms et la gestion de millions d'abonnés alors que l'utilisation de services bancaires passe de plus en plus par les smartphones ou les tablettes.

L'opérateur télécoms devenu opérateur bancaire n'a rien à voir avec une Fintech dépourvue de points de vente. Orange parie sur l'articulation entre une banque 100% numérique et un réseau physique de vente.

Ses 31 millions de clients mobiles en France (auxquels s'ajoutent 15 millions d'abonnés à des lignes fixes) et ses 144 boutiques physiques dotées d'un espace réservé à la souscription d’un compte bancaire, en font un concurrent direct des banques traditionnelles sur le marché de masse. Orange pourra aussi s'appuyer sur le réseau des 3700 agences de Groupama et Gan qui géraient sept millions de clients en France en 2016.

En termes de services bancaires, Orange débute par une offre relativement basique et ouverte à tous (y compris ceux qui ne sont pas clients de ses services dans la téléphonie ou l'internet). Tout titulaire d'un compte aura droit à une carte de paiement gratuite mais pas (encore) de crédits (consommation, immobilier). Ils arriveront dans un deuxième temps. Ce n'est d'ailleurs que lorsqu'il proposera à ses clients de lui emprunter de l'argent que l'opérateur deviendra une banque de plein exercice rivalisant pleinement avec ses consoeurs. 

Issu du monde numérique, l'opérateur propose en revanche quelques innovations comme le virement par SMS, la possibilité de (dé)bloquer sa carte bancaire depuis son smartphone ou la connaissance en temps réel de son solde à la suite d'opérations effectuées avec sa carte (retrait, virement, achat). Sur le plan des prix, il n'y aura pas de frais de tenue de compte et la carte est gratuite: mais cela correspond déjà, peu ou prou, à ce que proposent les autres banques en ligne.

Les banques traditionnelles ont déjà fourbi leur armes

En face, ses rivaux ont bénéficié des retards successifs d'Orange Bank pour fourbir leurs armes. BNP Paribas a racheté début 2017 la banque mobile Compte-Nickel. Il détenait déjà la banque en ligne Hello Bank et une part de C-zam, compte exploité par le géant de la distribution Carrefour.

Crédit Mutuel a annoncé une offre couplant compte bancaire et forfait téléphonique. Et Crédit Agricole prévoit le lancement d'une offre bancaire "simplifiée" sur smartphone d'ici quelques semaines. Le secteur est en outre riche en jeunes pousses ambitieuses.

Si la plupart des acteurs historiques des banques en ligne ont été rachetés - Boursorama par Société Générale, Fortuneo par le Crédit Mutuel Arkéa - une nouvelle génération de "fintechs" est aussi apparue sur la banque mobile, comme l'allemand N26. Tout ce joli monde attend de pied ferme le premier géant des télécoms en France (SFR devrait bientôt s'y lancer à son tour) à tenter l'aventure sur ce secteur déjà ardemment disputé.

Frédéric Bergé